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10/08/2015

DylanesqueTV [2008-2015]

Voilà, on y est. Aujourd'hui j'ai 25 ans. Et le blog, une aventure que j'ai débuté à 17 ans, vient de souffler ses sept bougies. En tout, ça fait 1782 articles et 1360 commentaires. Mais allons encore plus loin avec les chiffres. Si j'en crois mon profil Betaséries, j'aurais regardé en tout plus de 12,000 épisodes, soit l'équivalent de plus de 11 mois, 6 jours, 20 heures et 18 minutes devant mon petit écran. C'est sans compter les choses que j'ai pu revoir une deuxième ou une troisième fois et les nombreuses heures passés à décortiquer mes visionnages sur ces pages. J'ai donc facilement consacré plus d'un an de ma courte vie sur cette Terre à assouvir ma passion pour les séries. Tout avait commencé comme ça. Et comme la vie est justement vachement courte, il est temps aujourd'hui d'arrêter DylanesqueTV. 

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Mais avant de laisser cette URL inactive - vous pouvez la garder dans vos favoris si vous le souhaitez - je vous propose une dernière visite dans le passé. Comme avec mon récent clip-show je vous offre donc du bon vieux recyclage ! Je suis retombé sur un article qui date de 2012 où je vous proposais un bilan du blog en revisitant mon évolution et les articles dont j'étais le plus fier. J'ai donc bien envie de vous resservir ça tout en le complétant avec les trois dernières saisons en date de DylanesqueTV. Encore une fois, c'est de la nostalgie mêlé à de la paresse et à de l'auto-congratulation. Deal with it. Il est trop tard pour changer les mauvaises habitudes de toute façon. 

SAISON 1 [2008-2009] / En relisant mon premier article, je me dis que j'ai plutôt bien respecter mes promesses. L'été 2008 est surtout consacré à Mad Men et aux deux séries qui rythment le plus ma vie télévisuelle de l'époque : ER et The Office. Je me souviens de cette belle journée où j'avais regardé "Goodbye Toby", la fin de la quatrième saison, avec une émotion de fan heureux (ce qui me rend très nostalgique quand je pense à l'état de la série aujourd'hui). Durant l'été (un superbe été, celui de mes dix-huit ans), je découvre également 30 Rock et les Flight of the Conchords, je m'extasie puis m'énerve face àPushing Daisies, je reviens sur Sports Night etHomicide (vous me manquez toutes les deux) et je m'amuse même à chroniquer chacun des dix épisodes inoubliables de Band of Brothers

Et puis à la rentrée, je débarque en fac de lettres. Dans mon petit appartement d'étudiant, je me retrouve seul et un peu déboussolé. Je me souviens d'allumer mon ordinateur lors de mon premier soir d'indépendance, et de regarder le pilote de Dirty Sexy Money. C'est une série médiocre, qui ne vaut que pour Peter Krause, mais elle est associé à ce moment, à mon premier plat de nouilles dans ma chambre de bonne. Une chambre où j'ai dévoré ensuite un tas de séries bien plus passionnantes : Breaking Bad dontle pilote m'avait laissé sur le cul, Six Feet Under que j'ai revisité pour la millième fois avec une amie et dont j'avais entamé un best of (que je finirais peut-être un jour). Et puis The Shield dont je m'étais fait une intégrale en février 2009, je regardais trois ou quatre épisodes par soir, c'était un rituel de malade et ça m'inspirait des chroniques de malade, comme celle écrite les yeux grands ouverts à la fin de la cinquième saison ou après l'ultime épisode

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Cette saison-là, j'ai dit adieu à ER, qui reste comme vous le savez la série fondatrice, celle pour laquelle j'ai créer une communauté, celle dont j'ai bien failli chroniquer les 330 épisodes, celle que j'ai retourné dans tous les sens durant ces quatre ans, sans jamais parvenir à en faire le deuil. Celle qui m'a tout appris. Celle qui me force à regarder la deuxième saison de Falling Skies juste pour avoir ma dose de Noah Wyle. ER dont j'avais mis plusieurs mois avant d'avoir le courage d'écrire une sorte d'adieu

SAISON 2 [2009-2010] / Pour sa deuxième saison, mon blog commença doucement à trouver son rythme, avec des reviews plus régulières, des articles un peu plus complets et une mise en page plus claire. C'est que là, vous pouvez pas voir, mais à l'époque, le blog changait souvent de couleur et d'habillage. Et parfois c'était classe. Parfois c'était laid. Pas mal de rubriques ont vu le jour. Le top 100, avec par exemple, une liste des meilleures saisons de la décennie (je n'avais pas encore vu Les Sopranos et Deadwood pour ma défense) ou des spin-off de mes rêves

Moi, après un voyage autour de l'Europe en stop, j'attaquais ma deuxième année de fac. La meilleure. Et également une saison grandiose, pleine de découvertes. Le pilote de Community, contrairement à beaucoup, m'avait charmé ; How I Met Your Mother que je découvrais après tout le monde et qui m'enthousiasmait pas mal étonnamment (ah j'étais jeune et fou) ; Et puis surtout Friday Night Lights, qui me raménera pour toujours à cette période là. J'avais écris le bilan de la première saison alors que je surveillais une classe de terminale en bac blanc (oui, amis lycéens, vos pions regardent la télévision et certains écrivent même dessus). Celui de la troisième saisonest pas mal non plus et je repense également à l'épisode "The Son", diffusé juste au moment où je venais moi-même de perdre un membre de ma famille. Mon marathon m'avait fait passer l'hiver chaudement et reste l'un de mes plus beau moment de télévision. 

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2010. L'année avait commencé par une longue hibernation et l'activité du blog s'en était ressenti. Et puis j'avais ressurgi avec une passion plus forte que jamais pour FNL, la troisième saison de Mad Men, la découverte deMen of a Certain Age et un amour grandissant pour Parks & Rec qui prenait peu à peu la place de The Office dans mon coeur et sur le blog. À la même époque, je commençais ma sale habitude de me faire des intégrales de sitcoms. Avant News Radio et Frasier, c'est Seinfeld qui accompagnait mon quotidien en rires enregistrés. Et je n'oublierais jamais ce week-end où j'avais avalé l'intégralité de Freaks & Geeks

Quel beau printemps : les débuts de Justified, Parenthood, Treme, Eastbound & Down et ma découverte de Party Down et The Good Wife. La troisième saison folle de Breaking Bad qu'on regardait avec mon futur colocataire en fumant des cigarillos et en tremblant (devant "One Minute" par exemple). Mon bilan ému du final de The Pacific. Ce soir orageux où j'avais regardé le Mardis Gras de Treme lors d'une coupure de courant, sous 30 degrés, le front plein de sueur. Lost qui se terminait enfin et dont je disais enfin tout le mal que j'en pensais. J'avais laissé une chance à Dexter pour mieux vous expliquer en quoi c'était un pet foireux. Et puis je vous parlais d'ER comme la série fondatrice mais, côté comédies, il y avait bien sûrFriends, qui a eu le droit à un mémorial digne de ce nom

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SAISON 3 [2010-2011] / De retour d'un voyage au Portugal, je me suis retrouvé seul pendant plusieurs semaines dans mon grand appartement en attendant l'arrivée de mon colocataire. L'occasion de découvrir des séries comme Louie et Rubicon, une que j'ai hâte de retrouver la semaine prochaine et l'autre qui me laisse toujours frustré parce que c'était tellement bon. Lorsque mon coloc a débarqué, on a tout de suite élu It's Always Sunny in Philadelphia comme notre série favorite et on n'a pas cessé pendant les deux ans qui ont suivi d'apprendre chaque réplique par coeur et de revisiter le show en boucle. À la même époque, Saturday Night Live tournait pas mal également même si je n'ai jamais vraiment su comment vous en parler et que j'ai préféré m'abstenir. 

Tout l'automne 2010 est marqué par un rythme de malade sur le blog : un à deux articles par jour, non stop. En partie grâce à ma nouvelle rubrique : Best of Dylanesque (ex : ER ou The West Wing) à suivre peut-être parce que franchement, c'était pas très compliqué et fun. La rubrique avait pris un tournant encore plus émouvant lorsqu'il avait fallu dire adieu à Friday Night Light et que j'avais revisité mes plus beaux moments à Dillon et écrit uneultime chronique particulièrement triste.

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Qu'est ce qui m'a inspiré mes chroniques les plus mémorables durant cette saison passionnante ? La quatrième saison de Mad Men bien sûr et l'inoubliable "The Suitcase". La mini-série John Adams dévoré lors d'un après-midi où j'avais séché mes partielles et où j'avais également entaméCougar Town sans trop y croire et en étant plus que agréablement surpris. La fin d'une saison parfaite pour Parks & Rec et quasi-parfaite pourCommunity. Le marathon Deadwood qui me laisse sans voix. La frustration de devoir quitter l'univers de Terriers, série à rédecouvrir si ce n'est pas déjà fait. Et des adieux à Michael Scott. Clairement la fin d'une époque. 

Une année de transition, avec pas mal de longs moments d'hibernation et de déprimes. Où la télévision a été un fabuleux refuge. Tellement que j'ai décidé d'en faire, sous forme de thérapie. Premier pas maladroit mais sincère, 103FM était ma première web-série, pleine de jolis défauts. 

SAISON 4 [2011-2012] / La quatrième saison s'était ouverte sur un long été à Barcelone, un été qui m'a redonné le goût de tout mais a décuplé mes frustrations lorsqu'il a fallu rentrer. Parfois, pour échapper au soleil de plomb, j'ai pu allumer mon ordinateur et visionner la deuxième saison de Louie, dont je ne me suis toujours pas remis. Ainsi qu'une intégrale de News Radio et d'Homicide (nostalgie nineties, quand tu nous tiens...). Bilan de cet été espagnol à travers trois séries. 

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Après un bilan en trois parties de la quatrième saison controversé de Breaking Bad, il y a eu l'inauguration de la rubrique SUNDAYSUNDAY pour pallier à une année où mon emploi du temps était plein à craquer, l'ouverture d'un compte Twitter et d'une page Facebook et puis surtout, une lettre d'amour. J'attends toujours une réponse. J'ai dit au revoir à mon colocataire, à ma vie étudiante, et j'ai quitté mon appartement pour partir à la campagne tourner BILLY, mon projet le plus ambitieux à ce jour. 

SAISON 5 [2012-2013] / Et après un hiatus de deux mois à cause du tournage, je suis revenu à la fin du mois d'août avec 44 épisodes d'un western fait maison qui n'attendaient plus qu'à être montés et être diffusés sur le web. Cette cinquième saison allait donc être rythmé par la publication des épisodes de BILLY, entre octobre et juillet, chaque dimanche, accompagné de commentaires de ma part, fier comme j'étais du projet. Avec à chaque fois l'espoir d'un commentaire bienveillant. J'ai depuis pris pas mal de recul par rapport à tout ça même s'il m'arrive d'y repenser avec un petit sourire. Pour les curieux, il n'est pas trop tard pour regarder ça. 

Tout juste installé dans un nouvel appartement, mon troisième, j'entre dans une nouvelle période de ma vie où je décroche un volontariat civique à Radio Campus Angers, média locale et associatif. Durant le tournage de BILLY, j'ai enfin pu découvrir Fireflyles nuits où je ne pouvais pas m'endormir dans ma tente, à cause du trop plein d'énergie. Plus à l'aise sous mon nouveau toit, les journées de travail se terminent avec un moment passé en compagnie de la famille Crane dont j'avale les onze années d'aventures en un peu plus d'un an, ce marathon culminant avec un feuilleton de l'été où Drum et moi avions décrypté l'ultime saison de Frasier 

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Mais 2013 est surtout marquée par la fin de The Office, une série charnière du blog pour laquelle j'ai sorti le grand jeu : une longue rétrospective avec pas mal d'invités, un classement des 50 meilleurs épisodes, un article très mélancolique sur l'ultime épisode et un podcast où on a fini presque en larmes avec l'ami Nicolas Robert. En fermant les portes de Dunder Mifflin, une nouvelle page se tournait pour moi, surtout depuis que ma passion pour les autres sitcoms de NBC s'atténuaient. Même 30 Rock, la toute première comédie chroniquée dans ces pages, s'était achevée - sur une excellente note, heureusement. Quelques prétendantes au trône ont pourtant fait leur apparition, comme New Girl, dont j'encensait la deuxième saison, et Veep qui relançait mes espoirs concernant HBO.

Faut dire que les chaînes normales commençaient à pisser dans leur froc : voilà que Netflix débarquait avec la première saison d'Orange Is The New Black. Comme en témoigne mon classement de 2013, elle allait être l'un de mes gros coups de coeur avec également la trop injustement méconnue Enlightened, dont je disais ici le plus grand bien. Cette saison qui avait terminé sur une déclaration d'amour aux femmes de ma vie se termine avec la tristesse quand un grand acteur disparaît. Mon contrat à la radio se transforme en CDD, me voilà parti pour deux années supplémentaires. Au moment où il fête ses cinq ans, le blog obtient par conséquent deux nouvelles saisons. 

SAISON 6 [2013-2014] / Une fois n'est pas coutume, la saison débute avec un road-trip. Cette fois, je pars à pied explorer le Sentier des Douaniers tout au long de la Bretagne. L'occasion pour moi de vous présenter ZIM, ma nouvelle web-série qui, bien que j'en sois toujours plutôt satisfait, peinera a suscité votre curiosité et n'aura jamais de fin, faute de temps. C'est qu'en cette rentée 2013, mon nouvel emploi du temps à la radio m'éloigne pas mal de mon écran et les articles sur le blog se font plutôt rares. Pour pallier à ça, je remplace le SUNDAY SUNDAY par une nouvelle rubrique au rythme de publication plus erratique.  

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Malgré tout, je trouve le temps de regarder la quasi-intégralité de Gilmore Girls, d'enfin visionner l'intégrale de The Wire - je réalise d'ailleurs que je n'ai jamais rien écrit sur la cinquième saison - et de tomber sous le charme de quelques nouveautés, à l'image de Masters of Sex ou d'Orphan BlackMais cette sixième saison est aussi l'heure de nouveaux adieux. D'abord à Breaking Bad, une série très importante sur le blog, qui se termine en beauté et à qui j'offre une longue rétrospective. Des adieux à l'inoubliable Kenny Powers. Puis des adieux à Enlistedpetite comédie formidable et disparue trop vite. Puis des adieux à Bert Cooper lors de mon épisode favori de l'ultime saison de Mad Men. Pour combler le manque, je peux toujours compter sur des valeurs sûres : It's Always Sunny qui fête son 100ème épisode, le retour d'Arrested Developmentpas si mauvais que ça ou bien le choc de la cinquième saison de The Good Wife. 

Mais surtout, je décide enfin de visionner Boardwalk Empire, malgré tout mes a priori. Et je ne suis pas déçu du voyage, que ce soit après des vacances de Noël plongés dans la première saison ou un hiver en hibernation avec les suivantes. Niveau drama, je suis de toute façon servi avec l'excellente Fargo, la bouleversante Rectify et même ce bon vieux Louie qui nous revient avec une quatrième saison aux contours plus graves. Je vous propose également mon ultime classement, consacrée cette fois à la musique dans les séries et deux nouveaux podcasts, le premier est audio, le second est vidéo. Une avant-dernière saison qui est donc bien remplie mais où je réalise que j'ai de moins en moins le temps et l'énergie de bien écrire sur les séries. À mesure que mon sens d'analyse s'affine et que la télévision traverse ce qu'on pourrait appeler un nouveau putain d'âge d'or, mon temps de cerveau n'est hélas plus aussi disponible.     

SAISON 7 [2014-2015] / C'est donc décidé : il faut que je m'arrête. Mais avant ça, comme j'ai encore un an de travail à Angers, je me lance dans une dernière saison qui sera vachement basée sur la nostalgie. Il est donc normal que ma nouvelle saga de l'été, qui s'étendra jusqu'à Noël, soit consacrée à ER, la série fondatrice. Une longue rétrospective avec plein d'invités qui m'aura permis de boucler la boucle et de rendre un bel hommage à un Cook County qui fêtait ses 20 ans. Moi, je suis parti souffler mes 24 bougies en Bulgarie et je vous ai même ramené un petit home-movie

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Cette dernière année de contrat à la radio et d'aventures diverses m'éloigne plus que jamais de mon écran mais ne m'empêche pas de faire quelques belles découvertes. Qu'il s'agisse de nouveautés, comme la très belle Transparent qui entre direct en tête du classement 2014 ou bien Broad City qui me fait hurler de rire. Ou qu'il s'agisse de choses plus anciennes, comme la superbe et méconnue série canadienne Slings & Arrows ou la plus récente The Americanspour laquelle je rattrape enfin mon retard. Niveau sitcom, en plus d'une deuxième saison de Mom excellente, c'est Cheers qui est mon réconfort de fin de soirée et, au printemps, je consacre de longs articles sur l'exemplaire deuxième saison et la non moins réussie troisième saison - je suis actuellement un peu coincé au milieu de la cinquième, pour info. Histoire de me motiver, il me faudra un coup de main de l'ami Gibet pour pouvoir débattre autour du retour de The Comeback et de la cinquième saison de Louie.

Et étrangement, comme s'il me suffisait d'un signe supplémentaire pour signaler la fin d'une période de ma vie et me pousser à passer à autre chose, un tas de séries signent leur ultime saison : une Parks & Rec qui se termine en très grande forme, un Parenthood en demi-teinte qui nous laisse quand même bien ému, une Cougar Town égale à elle-même, un Boardwalk Empire que je quitte peu de temps après l'avoir découvert et un Justified qui rectifie le tir pour sa dernière ligne droite. Si on y ajoute le départ imminent de Jon Stewart et ceux de Colbert et de Letterman, mon univers télévisuel se transforme et me laisse un peu orphelin, sans véritable envie de poursuivre l'aventure. 

Bien sûr, l'adieu le plus marquant sera celui de Mad Men, tant la série de Matthew Weiner fut à l'origine de la création de ce blog et de mes moments les plus inspirés et tant cette ultime saison fut réussie, à mon goût. Pour l'occasion, j'ai pu revisiter ses 50 moments les plus marquants et écrire un dernier long pavé sur un final rempli d'amertume et d'espoir, selon ce qu'on y cherchait. Après un dernier voyage dans mon enfance et un clip-show auto-complaisant à souhait, j'annonce dans l'indifférence général que je prends ma retraite à peine méritée. 

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Et puis soyons honnêtes : vous êtes de moins en moins nombreux à me suivre, à commenter ou à partager les articles ce qui est normal car je suis de moins en moins impliqué dans leur écriture - sauf quand, comme Mad Men l'a prouvé, la passion est au maximum. Même s'il n'y aura plus rien de neuf à cette adresse, il est très probable qu'un jour ou l'autre, je reparle de séries. Amis sériphiles, n'hésitez pas à me solliciter pour des collaborations, featurings, podcasts diverses et variés, je dirais pas forcément oui mais il se peut que je dises pas non. Il y a bien longtemps que j'ai oublié toute prétention de vivre de ça - il faudrait que je sois un peu plus sérieux et un vrai journaliste paraît-il - mais tant que j'aurais des sentiments devant un écran, il y aura toujours une partie de moi qui sera ravi de les partager. 

Sept ans, c'est pas rien et du coup, il y a quelques remerciements. D'abord les lecteurs, et notamment les plus fidèles : Gibet, qui est devenu un pote in real life au fil du temps et qui aura collaboré à pas mal d'articles, allez donc le suivre sur son propre blog. Tête de Séries, Rimenez, Séverin, Cilou, Capecodmiss, Wolfinette, Skyler et O'Azard, pour ne citer que ceux qui commentaient le plus et je m'excuse d'ailleurs de ne pas toujours avoir su quoi vous répondre. Merci aux "collègues" que j'ai déjà pu citer pas mal dans le dernier épisode de YoungDylanesque, que ce soit LadyTureki, la team de pErdUSA, celle du Daily Mars - Nicolas Robert en tête - ainsi que les amis Twitter comme WhisperintheRain, Florian, Sam et les autres. Merci à ceux qui m'ont aidé à faire des web-séries. On est actuellement en préparer une nouvelle qui pointera peut-être le bout de son nez en 2016, je vous tiens au courant si vous continuez à suivre mes aventures sur les réseaux sociaux, où je serais moins actif mais jamais très loin. Merci à vous tous. C'est vous qui donniez le ton. 

Au moment où vous lisez ces lignes, je suis en train de fêter mon anniversaire quelque part en Pornic et Brest ou bien sur l'île d'Ouessant. C'est là que je vais tâcher d'habiter à partir de l'automne et même si j'aurais probablement une connexion Internet à portée de main, je m'y isole principalement pour pouvoir écrire sans distractions. Ma façon de regarder les séries y sera forcément chamboulée et beaucoup moins régulier. Il se peut que je savoure les nouvelles saisons de mes séries favorites - hâte de retrouver Fargo, The Knick, Transparent et IASIP -  plus sous forme de sessions que de rendez-vous hebdomadaires. C'est bien dommage mais c'est pas si grave car putain j'ai vingt-cinq ans et c'est chouette de sortir de chez soi, d'explorer, de vivre.

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Pour l'instant, je m'en vais et je vous dis à bientôt. 

08:00 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (10)

02/08/2015

DylanesqueTV S07E10 [Series Finale]

La boutique va fermer mais il y a des invendus. Des séries que j’ai vu mais dont je vous ai jamais parlé. Avec cet ultime épisode de DYLANESQUE TV, je saisis donc l’occasion de faire l’inventaire de tout ça et de revenir également sur quelques actualités...

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BOOMTOWN – Bien avant Hannibal, NBC avait déjà l’habitude de proposer des dramas hors du commun mais annulés trop rapidement faute d’audiences. C’était le cas de Boomtown, un polar original imaginé par Graham Yost, qui sortait tout juste de Band of Brothers et allait plus tard s’illustrer avec Justified et The Americans, rien que ça. Plutôt que de traiter des enquêtes de manière linéaire, chaque épisode propose le point de vue des différents protagonistes, du flic à la secouriste en passant par le procureur alcoolique. Malgré le casting incroyable – et notamment des anciens de la Easy Company comme Neal McDonough et Donnie Wahlberg – le concept ne rencontre pas son public et NBC oblige les scénaristes à changer le tir lors d’une deuxième saison raccourcie et beaucoup plus classique dans la forme. J’avais découvert la série en enregistrant par erreur le pilote, diffusé juste après ER sur France 2, à l’automne 2005 si mes souvenirs sont bons. Intrigué, je n’en ai ensuite manqué aucunes miettes  et je garde un souvenir très marquant de « Black Out », l’épisode narrant la descente aux enfers de McNorris, l’addict torturé campé par un McDonough captivant, livrant probablement sa meilleure performance. Encore un beau gâchis. 

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CARNIVALE - Le 4 avril 2004, j’étais devant Canal Jimmy, chez mon père qui avait les chaînes du câble et m’a donc permis de voir pas mal de choses en avance dans un monde pré-torrent, du genre Scrubs ou la neuvième saison de Friends. Et là, sans prévenir, débute le générique le plus étrange et flippant que j’ai pu voir sur mon petit écran. Des cartes de tarots qui prennent vie, des images de la Grande Dépression et de la montée du nationalisme en Europe, des rituels du Ku Klux Klan… Et puis en voyant apparaître le logo de Carnivale, je me rappelle en avoir lu le plus grand bien dans Series Mag de cette nouveauté HBO et je m’installe avec grande curiosité devant le pilote. Puis le second épisode. Puis plus rien car il m’a fallu rentrer chez ma mère et plus moyen de voir la suite d’un récit qui m’avait hypnotisé. L’histoire d’un jeune homme qui se retrouve à travailler pour une foire ambulante en pleine Dust Bowl et traverse l’Amérique avec une bande de freaks pendant qu’un prêtre avide de pouvoir tente d’agrandir son influence. Ces deux là sont liés et représentent la lutte entre Bien et Mal, faisant de cette série une tentative ultra-ambitieuse de réaliser la plus grande et passionnante parabole biblique de la télévision moderne.

Mais ça j’en savais rien : déjà parce qu’à 14 ans, j’avais pas saisi la double lecture. Et puis parce qu’il me faudra attendre 2011 pour enfin visionner Carnivale dans son intégralité, c’est à dire 24 épisodes de symboles religieux, d’ésotérisme et surtout, d’émotions. Parce que ne croyez pas la réputation de la série qui est celle d’une œuvre non aboutie et confuse. Si son annulation nous prive en effet d’une véritable conclusion et est ultra-frustrante au vu des cliffanghers du series finale, la série parvient à ne pas être seulement un résidu de mystère sur fond de combat manichéen. C’est avant tout une aventure très humaine, avec une galerie de personnages hauts en couleurs et une atmosphère unique qui vous transporte en pleine Grande Dépression et devrait se regarder juste entre Boardwalk Empire et Band of Brothers – il faudrait un jour regarder dans l’ordre les fictions américaines qui nous parlent de son Histoire. Si quelques effets spéciaux n’ont pas forcément bien vieillis, le casting est toujours convaincant – Clancy Brown, Clea DuVall et Tim DeKay en tête – et la bande originale de Jeff Beal – également responsable de celle de Rome – est très belle. Je garde un souvenir frissonnant de l’enterrement de Dora Mae, d’un Jonesie retrouvant ses jambes et des insomnies de Ben. Je garde un souvenir mémorable de Carnivale, qu’il ne faut pas hésiter à redécouvrir cet été. Ce sera une expérience plus satisfaisante qu'un Lost, croyez-moi. 

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COMEDY BANG BANGJ’ai découvert le comédien Scott Aukerman à l’envers. En commençant par son plus récent projet, le podcast consacré à U2 qu’il anime avec Adam Scott (Parks & Rec) depuis l’an dernier et qui est régulièrement à mourir de rire – je vous le conseille même si, comme moi, vous n’avez aucunes affinités avec la bande à Bobo car l’humour réside dans les digressions des deux compères. J’ai ensuite regardé la version télévisée du podcast Comedy Bang Bang, qu’Aukerman anime en audio depuis 2009 et qui est un terrain de jeu formidable pour de nombreux comédien(ne)s, de Zach Galifiniakis à Nick Kroll en passant par Andy Daly (Review) pour ne citer que mes favoris. Le format vidéo de l’émission, diffusé sur Comedy Central depuis 2012, est un concentré d’inventivité et d’absurde comme on en fait plus depuis Mr Show With Bob And David – là où Scott Aukerman à commencer et qui est hautement recommandable par ailleurs. Chaque semaine, des invités viennent participer aux délires de Scott et de son camarade Reggie Watts – aux talents musicaux indescriptibles, allez donc le voir sur Youtube – et c’est régulièrement très très drôle. À l’orée d’une cinquième saison qu’il va falloir que je regarde – avant d’enfin découvrir la version podcasts - Watts vient d’être remplacé par Scott Mescudi et j’ai hâte de voir ce que ça va donner. Je vous le recommande en tout cas pour vous fendre la gueule cet été (tout comme Key & Peele et Amy Schumer, deux autres preuves que Comedy Central est un compagnon indispensable pour vos zygomatiques). 

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DEADWOOD - Le 9 juin 2011, je publiais ce court billet : « Je viens de terminer les trois saisons de Deadwood. Comme je l'avais dit précédemment, j'avais toujours repoussé ce visionnage par crainte de rester sur ma faim. Alors oui, je suis sur ma faim comme rarement je l'ai été. J'écris cette note au milieu de la nuit avec beaucoup de mélancolie. Je m'excuse auprès de Six Feet Under, The Shield, Homicide, Friday Night Lights, The West Wing, Mad Men, Breaking Bad et Band Of Brothers (que j'adorent toutes passionnément) mais je sais maintenant que Deadwood est la série la mieux écrite, réalisée et interprêtée que j'ai eu la chance de voir. On en reparle bientôt, si j'arrive à trouver les mots pour décrire cet incomparable chef d'oeuvre. » Parti vivre à Barcelone quelques jours plus tard, je n’en ai jamais reparlé. Pourtant, je n’ai pas oublié Deadwood – c’est même elle qui a influencé l’écriture de BILLY, toutes proportions gardées !. Et il se peut bien que je maintienne ce que je disais de dithyrambique à ce sujet. Je crois bien que c’est la meilleure chose que j’ai pu voir à la télévision. David Milch est un fou et son projet le plus ambitieux est du jamais-vu : raconter une histoire se déroulant sur quelques semaines seulement, qui nous parle à la fois de toutes les facettes de l’Homme et de la construction d’un pays tout entier, en étant à la fois exigeant et plein d’humanité. Un pari osé, réussi haut la main, avec des personnages inoubliables, une scène de bagarre qui redonne des frissons rien que d’y penser et une conclusion certes frustrante mais ne gâchant pas le plaisir d’un visionnage. Si seulement la personne qui ne m’a jamais rendu mon coffet DVD refaisait surface… C'est en tout cas toujours aussi dur d'écrire à son sujet et je n'ai toujours pas trouvé les mots. Cocksucker ? 

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NEWSRADIO Saison 5 - "La fin de News Radio annonçait sans le savoir le déclin des sitcoms traditionnels. Suite à son annulation et également à la fin de Seinfeld, la qualité de Friends va être moindre dans les années 2000, qui vont voir l'avénement d'un nouveau genre avec des classiques comme Curb Your Enthusiasm, The Office ou bien Arrested Development. Et bien que je n'ai découvert la série que cette année, elle rejoint mon panthéon des sitcoms les plus humaines, touchantes, inoubliables, qui permet d'oublier toute la misère du monde en passant vingt minutes avec une joyeuse bande d'acteurs et de scénaristes, devant des personnages plus vraies que natures qui vivront toujours dans nos esprits et nos coeurs." C'est le début d'un article sur la dernière saison de NewsRadio que j'ai commencé à écrire en juillet 2011 mais que je n'ai jamais terminé et qui est resté dans les brouillons de mon blog depuis, sans que je me résigne à l'effacer. J'avais envie d'y parler de la tragique disparition de Phil Hartman, assassiné par sa femme en 1998 et des répercussions de l'absence de Bill sur cette saison en demi-teinte. Je voulais malgré tout la réhabiliter parce que, même si elle est clairement moins inspiré que les précédentes, elle a eu le courage d'aller de l'avant, de faire du deuil un nouveau départ - notamment avec "Bill Moves On", une ouverture douce-amère - et de partir encore plus loin dans l'absurde. Je voulais expliquer que, contrairement à un Jon Lovitz en roue libre et assez agaçant, la présence récurrente de  Patrick Warburton dans un rôle de grand méchant était souvent très drôle. Et dire que finalement, la série se terminait sur une note pas trop mauvaise, avec un final plutôt digne. Mais j'ai pas eu le courage. Parce que c'est vraiment dégueulasse d'avoir perdu Phil Hartman. Parce que c'est la tristesse qui l'emporte. Heureusement, on peut toujours se consoler avec... Newsradio. 

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NYPD BLUES - Des années avant de voir Deadwood, j’ai eu sans le savoir une première rencontre avec l’œuvre de David Milch. L’histoire est connue : avec Steven Bochco, il est à l’origine de cette série policière avant-gardiste aussi bien dans son ton très brute de décoffrage que dans son traitement des personnages sans concessions. L’approche réaliste annonce aussi bien des The Wire que des Southland et un personnage comme Andy Sipowicz sont les grands frères de nombreux antihéros du soit-disant âge d’or de la télévision. La ligne éditoriale d’ABC semble en tout cas avoir bien changé depuis. Moi, c’est sur France 3 que j’ai pu découvrir le commissariat de la 15ème circonscription de New York, au moment où Mark-Paul Gosselaar devenait le nouveau co-équipier de Sipowicz. À une époque où les meilleurs moments du show étaient déjà écoulés – je n’ai d’ailleurs toujours pas vu les précédentes. En enregistrant les épisodes diffusés tardivement, j’ai donc pu suivre la série pendant quatre saisons, jusqu’à son tout dernier épisode. Et même si je n’en garde pas d’aussi grands souvenirs qu’avec Homicide (Life On The Streets), ma favorite dans le même genre, NYPD Blues a permis de m’exposer très jeune à une forme particulière de narration et à un univers sombre et réaliste.

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THIRD WATCH - Là aussi, c’est grâce à la magie de la VHS que j’ai pu découvrir la série de NBC, lancée en 1999 par l’équipe à l’origine d’ER et diffusée juste après celle-ci, le dimanche soir, sur France 2, sous l’appellation « New York 911 ». C’est mon beau-père qui m’avait convaincu d’y jeter un coup d’œil. Il se lassait du Cook County – ça devait être pendant une neuvième saison en demi-teinte – et passait un meilleur moment avec les policiers, pompiers et secouristes new-yorkais qu’avec les urgentistes de Chicago. C’est d’abord via un spin-off avec ER que je découvre Bosco et Yokas, le duo de flics charismatique, enquêtant alors sur la disparition de la sœur de Susan Lewis dans les rues de New York. C’est donc par la troisième saison que j’ai débuté mon visionnage – je n’ai d’ailleurs toujours pas vu les deux premières – au moment où la série rendait un bel hommage aux victimes du 11 septembre. Très vite, le rythme soutenu et la forme assez similaire à ER – vie privée torturée vs. vie professionnelle mouvementée – m’a poussé à ne plus louper un épisode, malgré la diffusion française chaotique. Deux souvenirs me reviennent en particulier en mémoire, liés à la quatrième saison, diffusée l’été alors que je séjournais dans le mobil-home de mes grands-parents sur la côte vendéenne : la cure de désintoxication de Sully dans un chalet enneigé et la mort très violente d’Alex lors d’un sauvetage périlleux. Et puis pour booster les audiences, les scénaristes ont délaissés peu à peu leur concept de base pour nous proposer un cop show à la noirceur un peu forcé et à la violence parfois gratuite. Ce n’était pas mauvais mais c’était autre chose et au bout de six saisons, c’était fini. Ca tombe bien, j’entrais au lycée et mon lecteur DVD remplaçait mon enregistreur de cassettes… Aujourd'hui, Third Watch est multi rediffusée sur France 4 et Chérie 25 et Chicago Fire est un plagiat qui se porte plutôt bien. 

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THE DAILY SHOW – Là aussi, pas vraiment une série à proprement parler mais un programme qui m’aura longuement accompagné. C’est d’abord en regardant quelques extraits partagés ici et là que j’ai pu me familiarisé avec l’émission de Comedy Central et l’humour de Jon Stewart et sa team. Fan de Steve Carell, c’est par lui que j’ai fouillé dans les archives et que j’ai aussi pu découvrir Stephen Colbert. Quand j’avais eu un travail de bureau, entre 2012 et le printemps dernier, Jon Stewart était le compagnon de mes pauses repas quasi systématiquement. Une figure irrévérencieuse mais pas trop, accessible sans être prétentieuse, subjective comme il faut et parfois capable d’analyses imparables. Le vieil ami aux cheveux grisonnants qui s’attaque contre les mêmes moulins avec plus ou moins de réussite mais toujours le besoin de tourner en dérision tout ce qu’il y a de pourri au royaume de la politique et des médias, avec Fox News comme bouc émissaire. J’ai eu la chance d’aborder le Daily Show à une période où officiait encore des correspondants aussi géniaux que Jason Jones, Samantha Bee, Al Madrigal, Aasif Mandvi, Jessica Williams et surtout John Oliver – qui  avait brillamment remplacé Stewart durant l’été 2013 et qui anime depuis avec Last Week Tonight un show devenu encore plus ambitieux et percutant grâce à un format permettant des dossiers plus complets. À l’annonce du départ de Stewart, j’ai repris un rendez-vous régulier avec lui et je savoure actuellement ses dernières émissions. Et je n’hésiterais pas à donner sa chance à Trevor Noah qui, s’il tient ses promesses, devrait secouer un peu un Daily Show qui se reposait gentiment sur ses acquis dernièrement.   Je ne serais hélas pas là pour la dernière de Jon – on a d’ailleurs décidé de prendre notre retraite en même temps ! – mais je lui lève d’avance mon verre pour ses services rendus, en espérant que sa reconversion nous permette de le retrouver vite. So long captain!

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Voilà, j’ai vide mon sac. Je peux donc vous parler de l’actualité et des séries qui accompagnent mon été. 

FALLING SKIES S05E05 - Pour sa dernière saison, dans une vaine tentative de concurrencer Under The Dome, Falling Skies continue de sauter le requin un maximum de fois histoire qu’on rigole bien et qu’on oublie à quel point c’était con de s’embarquer dans le visionnage d’une série aussi nulle jusque parce qu’on aime bien Noah Wyle. Et il y a de quoi se fendre la gueule : la transformation de Pope en Heisenberg au crâne rasé lors d’un épisode intitulé – tenez-vous bien les côtes – « Pope Breaks Bad », le conflit avec les aliens mis en parenthèse pour une histoire de vengeance de cour de récré où tout le monde agit de la manière la plus égoïste, irrationnelle et infantile possible, un Tom Mason passé du statut de professeur un peu maladroit mais débrouillard au statut d’Elu sauveur de l’humanité, les tentatives d’occuper le temps d’antenne en recyclant les intrigues des saisons précédentes – la prise d’otage par un survivant devenu fou – des triangles amoureux en passe de devenir des rectangles amoureux et une réserve de munition à l’infinie à l’image d’un jeu vidéo auquel on triche avec des cheat code pour pouvoir arriver à la fin de la manière la plus paresseuse possible… C’est un festival pour ceux qui sont à la recherche d’un divertissement estival bien idiot. J’espère vraiment que le ciel va tous leur tomber dessus et que les aliens vont gagner.  

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HALT AND CATCH FIRE S02E09 - Je ne pense plus du bien de cette deuxième saison par rapport à sa hausse de qualité importante vis-à-vis de la première. Désormais, j’en pense juste du bien parce que c’est bien.  Et avec ce « Kali », on tient même l’un des meilleurs épisodes de la série tellement il offre à chaque personnage une intrigue bien écrite et fonctionnant aussi bien au niveau émotionnelle qu’au point de vue du récit plus générale de Mutiny. Depuis un moment, on alterne les petites victoires avec les grosses défaites et ce petit jeu nous laisse aussi épuisé qu’une Cameron à bouts de nerfs, se battant pour la survie de sa création et voyant son entourage déserter le navire. Le départ de Boz est probablement la scène la plus tendre et pure qu’a pu nous offrir Halt & Catch Fire et la preuve qu’avec le travail nécessaire, les personnages ont pu prendre vie et devenir réellement attachants. Si Toby Huss me manquera certainement – je l’ai découvert grâce à Carnivale d’ailleurs – il me semble que c’est le moment idéal pour offrir une sortie digne au commercial texan qui est parvenu à humaniser tout ceux qu’il croisait sur sa route. Celui qui gagne vraiment en profondeur cette semaine – et c’était déjà un peu le cas la dernière fois avec le trip ecstasy – c’est Joe, devenu enfin le protagoniste complexe et torturé qu’on nous vendait bien mal en S1. Lee Pace me semble enfin convaincant à mesure que la carapace de Joe se fissure de manière organique et touchante. Quand à Gordon, bien qu’il était totalement détaché du reste de l’intrigue principale, son périple dans ce parking glauque à souhait était une manière plutôt inventive d’illustrer sa spirale infernale. Ce que j’aimerais maintenant, et dans cet ordre là, c’est soit une troisième saison – même si je ne me fais pas d’illusions – soit un season finale solide qui me laisse avec le souvenir d’une série qui aura mis longtemps à se trouver mais qui, avec un peu de patience, valait vraiment le détour.

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RECTIFY S03E04 - J’aime beaucoup le rythme de cette saison. Bien qu’elle soit raccourcie et que c’est un peu frustrant, le fait qu’elle se déroule dans un espace temps très confiné – la période où Daniel réside chez sa sœur - permet l’espace nécessaire pour une étude en profondeur des états d’âme du clan Holden. À une époque où de plus en plus de séries nous font le coup du time-jump de plus en plus gratuit et paresseux, c’est presque rafraîchissant d’avoir des scénaristes qui n’ont pas peur d’accompagner chaque étape du développement émotionnel de leurs personnages. De toute façon, Rectify ne nous parle que de ça : des sentiments. Dans ce très bel épisode, c’est la solitude qui est une nouvelle fois abordée, sous le prisme des problèmes de communications. Du sénateur qui ne peut plus littéralement plus s’exprimer suite à sa crise cardiaque à un Daniel qui s’isole dans une nouvelle vie qui ressemble de plus en plus à une prison – et où tout le monde parle à sa place – en passant par Teddy Jr. et Tawny qui doivent passer par un intermédiaire pour enfin se dire ce qu’ils ont sur le cœur, jusqu’à une rechute plus touchante que prévue. Rectify parvient à nous émouvoir avec du silence, un pot de peinture ou bien un couloir un peu trop vide. La réalisation est superbe sans être tape-à-l’œil, les acteurs livrent tous leur meilleure performance scènes après scènes et on se laisse porter par un ascenseur émotionnel de plus en plus percutant.

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REVIEW S02E01 - Rafraîchissons la mémoire à ceux qui se demandent « mais quelle est donc cette série qui a fini à la huitième place de mon classement 2014 ? ». Diffusée sur Comedy Central, Review est l’émission fictive d’un certain Forrest McNeil (Andy Daly) qui accepte d’expérimenter la vie à la demande de ses spectateurs. Ca fait quoi de divorcer ? Ou de manger 30 pancakes à la suite ? La comédie repose donc sur d’énorme enjeux à mesure que la vie de Forrest s’anéantit et que le toutéliage de ses multiples expériences le laisse seul, cocaïnomane et suicidaire. La première saison s’étant terminé sur une note d’espoir avec une démission haute en couleurs, j’étais très curieux de voir comment les scénaristes allaient justifier cette suite. Au départ, quand je vois Forrest débarquer dans le décor habituel et expliquer qu’après quelques mois d’introspection, il a décidé de reprendre du service, je trouve ça un peu facile. Ca tient la route mais c’est pas très inventif. Et puis toute trace de scepticisme a éclaté  quand, en devant expérimenter le combat à main nues avec un inconnu, Forrest se prend trois balles dans le corps et finit dans le coma. Mon plus gros fou rire de l’année, sans aucun doute. À partir de là, j’ai juste profité du voyage et savouré ce season premiere impeccable, qui bénéficie en plus de la présence de la toujours bienvenue Allison Tolman (Fargo). Welcome back Forrest, c’est un plaisir de retrouver la comédie la plus drôle à l’antenne ! Et c’est donc de manière tout à fait appropriée que ma dernière review sur ce blog sera une review de Review.

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Rendez-vous le 10 août pour l’épilogue.  

28/07/2015

Plus dure sera la rechute #4

Allez, pour la dernière fois, voilà un petit tour d’horizon des séries dont j’ai stoppé le visionnage. Parfois sans raison, parfois en sachant très bien pourquoi. D’habitude, cette rubrique est annuelle mais je dois avouer que, ces derniers temps – et c’est bien pour ça que le blog ferme ses portes – il m’arrive de plus en plus souvent d’abandonner une série avant la fin.

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BABYLON 5 / La rupture : S01E01

Pourquoi ? Babylon 5 et moi, c’est une longue histoire. Découverte il y a une dizaine d’année grâce à un dossier très complet dans le magazine Génération Séries, la saga de J.M. Straczynski m’a toujours fait envie avec sa réputation d’être le summum du toutéliage et de la SF de qualité. En 2012, après avoir dévoré Firefly, j’étais prêt à me lancer mais il m’étais difficile de trouver les épisodes. Cette année, en me réinscrivant à la bibliothèque d’Angers, j’ai enfin pu mettre la main sur l’intégrale en DVD. Et avec les très bonnes et pédagogues chroniques de Rowan Kaiser sur l’AV Club, les conditions idéales étaient réunis pour enfin sauter le pas... 

Sauf que « Midnight On The Firing Line », le pilote a putain de mal vieilli – Kaiser conseille de sauter le téléfilm d’ouverture. Si le fond est plutôt intéressant – on y découvre la vieille guerre qui oppose les Centauri et les Narn et la manière dont les hommes tentent de garder un semblant de diplomatie – la forme m’a semblé peu accessible. Il faut dire que Joss Whedon est le seul qui m’ait pour l’instant introduit à la SF et que ce pilote fut tourné il y a 21 ans, ce qui crève l’écran. Bizarrement, c’est pourtant les acteurs qui se payent le plus gros maquillage – Londo et G’Kar - qui sont les plus convaincants. Le reste de l’équipage a du mal à convaincre et navigue entre platitudes péremptoires et humour pas très fin. Il m’a fallu rendre les DVD et je n’ai pas eu le courage de poursuivre l’aventure.

Rechute possible ? Oui. Cette année, pas mal de collègues sériphiles ont revisités la série et si j’en crois Rowan Kaiser, il est possible de la revisiter en passant outre ses plus mauvais épisodes. Si je me retrouve coincé, comme j’ai prévu de le faire, sur une île bretonne pour l’année qui vient, une saga aussi longue et prenante pourrait m’être utile. Il ne me reste donc plus qu’à voler les DVD à la bibliothèque d’Angers…

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BLOODLINE / La rupture : S01E01

Pourquoi ? J’ai voulu regarder la série balancée par Netflix en mars dernier pour deux raisons : le Coach et Lindsay Weir. Autrement dit, pour retrouver à l’écran Kyle Chandler (FNL) et Linda Cardellini (Freaks & Geeks, ER, Mad Men). Le fait qu’on s’y intéresse à la déchirure d’une famille qui vit dans un lieu très particulier – une presque île poisseuse de Floride – n’a fait qu’attiser ma curiosité. Mais très vite, les critiques très tièdes m’ont refroidi et c’est avec inquiétude que j’ai visionné le pilote. Je m’y suis emmerdé comme rarement. Et malgré de bonnes performances – en particulier d’un Ben Mendelsohn qui m’était inconnu et qui vole la vedette à ses petits camarades – la sauce n’a pas pris. La faute également à des flash-forwards énigmatiques qui ne sont pas du tout ma came et à une ambiance pesante qui ne m’intéressait guère au sortir de l’hiver. Mad Men venait de reprendre alors j’ai lâché Bloodlline sur la ligne de départ.

Rechute possible ? S’il n’y avait pas de deuxième saison et que les showrunners – ceux à l’origine de Damages – avaient conçus leur série en one shot, j’aurais dit oui. Mais j’ai vraiment pas la patience actuellement de me lancer dans un truc qui va faire dans la surenchère de mystère - j'ai assez de The Affair pour ça, merci. Surtout si on m’annonce dès le pilote la disparition de mon personnage favori. Si vous avez tout vu et que mes préjugés sont à côté de la plaque, faîtes moi signe.

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MARON / La rupture : S03E01

Pourquoi ? Parce que la série du comique – déjà chroniquée ici – était franchement anecdotique. Et ce depuis le début. Marc Maron peut avoir son charme et à l’époque où j’avais commencé à regarder ça, j’écoutais régulièrement ses podcasts. Aujourd’hui, un peu fatigué par son éternel auto-apitoiement moins drôle ou intéressant que celui de son ami Louie C.K., j’ai décidé de jeté l’éponge après un season premiere pas très enclin à renouveler la formule et surtout, pas franchement drôle. 

Rechute possible ? Il se peut que je remette le nez dedans à l’occasion. Mais la dernière fois, je disais déjà ça de Legit, la série centré autour du comédien Jim Jefferies. Et là, je suis curieux de découvrir The Jim Gaffigan Show avec le comédien du même nom. Et un comédien ça va. Deux ou trois, c’est déjà beaucoup.

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RICK & MORTY / La rupture : S01E01

Pourquoi ? Parce qu’il est pas franchement réussi ce pilote. Et on m’avait prévenu d’ailleurs, on m’avait dit de poursuivre, que ça allait être mieux après. Que la série d’animation imaginée par Dan Harmon allait prendre toute sa saveur sur la longueur. J’avais probablement autre chose à faire à ce moment là et ma patience pour Harmon était au point mort. C’est dommage, il paraît que c’est super bien. 

Rechute possible ? Peut-être bien. Mais avant ça, niveau animation, je me suis promis de visionner Adventure Time et Bojack Horseman, dont la deuxième saison fait actuellement un joli buzz. Je peux pas être au four, au moulin et au Harmon, dont les fans zélés me pardonneront. 

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TRUE DETECTIVE / La rupture : S01E08

Pourquoi ? Parce que même si j’ai collé la première saison à la 17ème place de mon classement 2014, j’ai pas eu le courage de me taper la (non)-suite/redite. Déjà, l’omniprésence de la série sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de son retour et de son casting m’a bien gavé. Ensuite, les premiers retours ultra négatifs ont fini de me dégoûter. Ce n’est peut-être que le résultat d’un backlash prévisible après la surexposition d’une série surestimée mais honnêtement, sans amour particulier pour Vaugh, Farrell et McAdams, j’ai pas franchement envie d’aller vérifier par moi-même. C’est bien essayé pourtant d’avoir collé un Leonard Cohen au générique Pizzolatto mais ce sera sans moi.

Rechute possible ? L’hiver, il fait froid. Alors je sais pas. On verra. Vous me dîtes comment ça se termine ? 

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On se revoit très vite et puis après, on se revoit plus. 

23/07/2015

Clip-Show

Et oui, il est temps pour un clip-show. Ces épisodes paresseux, gentiment superficiel et vachement auto-complaisant. Quoi de mieux qu'un peu de nostalgie forcée pour terminer l'aventure DylanesqueTV ! Je vais m'amuser à revisiter l'évolution du blog depuis 2008 à travers de bonne vieilles captures d'écran - merci à la Wayback Machine ! Ceux qui me suivent depuis le début seront peut-être émus en revoyant mes pires idées visuelles - souvent liés aux limites de l'hébergeur HautetFort - ou en relisant mes pires fautes de grammaires ou mes analyses les moins inspirées. 

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04 Juillet 2008 / Bizarrement, ce n'est pas au départ qu'on assiste au pire look du blog. Au contraire, c'est plutôt sobre, resserré et le bleu m'allait plutôt bien. Si l'on regarde bien, on voit que Blonde21 et JulienJules26 furent les premiers à commenter, merci à eux, où qu'ils soient aujourd'hui. Et c'est 30 Rock qui est la plus chroniquée puisque cet été là, je la découvrais en même temps que Mad Men. Le S02E05 m'avait bien fait marrer et je m'amusais encore à résumer les épisodes avant de les critiquer, une habitude que j'ai vite abandonné faute d'énergie. Il y a seulement 7 séries au compteur, dans la colonne de droite, dont ER, Sports Night, Six Feet Under et Flight of the Conchords. Et ce slogan gentiment prétentieux : "La Télé selon Dylanesque" !

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07 Juin 2009 / Quand on grandit, les goûts changent. Tu aimes pas les épinards gamins, on te dit que ça changera avec le temps. Les séries, c'est pareil. Et en 7 ans, je suis passé par pas mal de changements, quitte à être ultra contradictoire et incohérent. "Je n'ai jamais compris l'engouement autour de 30 Rock" dis-je en ouvrant ce bilan de la troisième saison, intitulé "30 Rock, stop ou encore ?". Alors qu'un an plutôt, je m'éclatais devant la série de Tina Fey et que, encore aujourd'hui, la série me manque et reste un must. Allez comprendre. Le plus honteux, c'est qu'à la même période, je trouvais "sympathique" la première saison d'Entourage. Pour ma défense, j'étais l'un des premiers à chroniquer Breaking Bad régulièrement et l'un des derniers à en faire autant pour Scrubs. Sinon, toujours le même design qui est, avec celui que j'ai aujourd'hui, celui qui aura duré le plus longtemps. 

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28 Août 2010 / Tout juste revenu d'un voyage en Espagne, je décide que le blog manque de couleurs claires et impose dans la colonne de droite ce jaune d’œuf à l'esthétique discutable. La bonne nouvelle, c'est que je viens de découvrir Louie que je qualifie ici "d'ovni télévisuel" avec ses "séquences irrévérencieuses et ses scènes oniriques et touchantes". Oui, mon vocabulaire s'enrichissait, tout comme mes lacunes en orthographes et grammaires. Faut dire que j'abandonnais peu à peu tout espoir de réussir mes études de lettres. Sinon, c'était plutôt un bel été car on retrouve du Rubicon, du Party Down et du The Good Wife dont je chroniquais chaque épisode. Et puis il y a Hung que j'ai complètement oublié aujourd'hui, pas vous ?

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20 Novembre 2010 / À l'automne, le décor s'élargit et s'assombrit. À l'époque, les posts sont quotidiens, je garde un rythme d'enfer, alternant les critiques de IASIP, Raising Hope, Dexter ou bien The Big C avec une soif de quantité qui dépasse largement celle de la qualité. La preuve avec la rubrique "Best Of Dylanesque" (sorte de clip-show avant l'heure) où je m'amusais à faire des classements définitifs sur mes séries phares. Ici avec Scrubs, où ma "Favorite Friendship" était of course celle de JD et Turk et où ma "Favorite Guest-Star" était Brendan Fraser. Ce genre d'articles à la va-vite va durer plusieurs mois et sont encore lisible aujourd'hui si vous cherchez bien. 

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24 Décembre 2010 / Retour au bleu et apparition des formes un peu bizarres et des grands espaces vides entre les textes et les photos. Début aussi de mon auto-publicité pour les webséries avec, en guise de cadeau de Noël, les deux premiers épisodes de 103FM. Je n'hésitais donc pas à montrer ma gueule - regardez un peu comme j'étais jeune et lisse - et à vous imposer mes créations. La série des "Best Of" continuent avec les meilleurs épisodes de Noël - j'aimais bien les top 10 à l'époque - et des chroniques de la troisième saison de Sons of Anarchy. Une torture quand j'y repense... 

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14 Mai 2011 / Du gris clair, du rouge pâle et du jaune d’œuf. Du doux-amer donc pour dire au revoir à Michael Scott, véritable parrain du blog depuis sa création ! Il se retrouve même sous forme de logo, à superviser les publications du blog, toujours quotidiennes à l'époque, avec du Justified, du Nurse Jackie, du Treme et du How I Met Your Mother. Je regardais donc tout et n'importe quoi durant cette période de transition où je quittais la fac et où The Office allait ne plus jamais être la même... 

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02 Novembre 2011 / J'aimais beaucoup marquer visuellement le passage des saisons et les fêtes, comme le prouve cet orange lié à Halloween. Et cette chronique plutôt enthousiaste d'un épisode de Community dont je n'ai aujourd'hui plus aucun souvenir, dont le seul défaut était apparemment d'arriver juste après "Remedial Chaos Theory", le must pour le fan de Dan Harmon que j'étais en 2011. Il s'agit d'un automne qui date de quatre ans mais ont peu déjà voir à quel point il est radicalement différent de celui qui s'annonce à la rentrée 2015 : Parenthood, Parks & Rec, Community, The Office... NBC, qu'es-tu devenue ? 

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01 Janvier 2012 / Décidément, ce design me plaisait bien, il suffisait juste de changer les couleurs de temps en temps. Et le bleu froid collait bien à cet hiver 2012. L'année s'ouvrait sur une chronique du pilote de Luck, la série maudite de David Milch dont le coffret DVD acheté 3 euros en soldes à la Fnac trône désormais dans mon étagère. Si l'on regarde les notes récentes, on voit que les fins d'années étaient toujours pareils : une célébration enfantine de Noël et des best-of interminables. Pour info, en 2011, Louie, FNL et Parks&Rec terminaient en tête du classement. 

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01 Avril 2012 / Et au printemps, le vert est bien entendu au rendez-vous ! C'est le début de la rubrique "SundaySunday", ancêtre du dominical "DylanesqueTV S?E?". Renly Baratheon nous contemple du haut de sa monture, à une époque où le phénomène Game of Thrones était encore suffisamment supportable pour que je m'évertue à le chroniquer à chaque épisode, en même temps que je découvrais les bouquins de G.R.R. Martin. Mais le rythme de publication quotidienne est malmené par un cycle au conservatoire agité et la préparation du tournage de BILLY, une deuxième web-série. 

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19 Septembre 2012 / BILLY qui occupera donc une place énorme à l'orée de cette cinquième saison que j'ai décidé d'attaquer en réhabilitant Studio 60 On The Sunset Strip, parce qu'avec The Newsroom, tout était devenu relatif. C'est l'époque où la bannière du blog change chaque mois et pour info, c'est Don Draper qui détient le record d'apparitions, juste devant Raylan Givens, Louis CK et... Michael Scott, bien entendu. Elles sont toutes visibles sur ma page Facebook pour les curieux. 

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10 Janvier 2013 / Et c'est tout naturellement l'équipe de Dunder Mifflin qui va dominer le blog durant la première partie de 2013, de cette rétrospective jusqu'à l'épisode final de The Office. Comme pour revenir aux origines, le bleu est de retour et la police trouve enfin sa forme définitive, plus propre et en relief. Le rythme de publication est devenue tout aussi anarchique que mon rythme de vie et Gibet squatte déjà beaucoup mes pages. 

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20 Mai 2013 / Et alors que le blog trouve sa forme définitive - que je n'ai jamais changé depuis mise à part les couleurs à l'occasion, c'est la guerre de succession suite à la fin de The Office. À quelques jours d'intervalles, j'encense plus que de raison la deuxième saison de New Girl et détruit de manière un peu irrationnelle les débuts de The Mindy Project. Et dans un billet d'absence témoin d'un printemps agité, et alors que BILLY est à peine fini, j'annonce déjà la venue de ZIM, mon nouveau bébé. 

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18 Avril 2014 / Passons directement au printemps 2014 où le bleu clair hivernale n'a rien à foutre là ! Mes adieux aux Braverman ont dû me faire perdre tous mes moyens, je ne vois pas d'autres explications. Cinq articles seulement pour ce mois d'avril et parmi eux, une analyse de web-série, un épisode du podcast Team Logan (lol) et un épisode de ZIM. C'était déjà le début de la fin. 

Je vais d'ailleurs m'arrêter là. D'ailleurs, pour info, la date de clôture du blog est fixée au 10 août - je veux faire ma révérence après Jon Stewart ! D'ici là, deux ou trois articles sont prévus et je vous promet qu'ils seront un peu moins pauvres que celui-là... 

18:52 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (1)

12/07/2015

DylanesqueTV S07E09

De mémoire de sériphile, il doit bien s’agir de l’été le plus quantitatif et qualitative. Là où il y a quelques années encore, c’était un désert qui me forçait à regarder un truc comme Entourage, la télé a repris ses droits sur juillet-août. Je me souviens notamment des débuts de Mad Men puis de la diffusion estivale de Breaking Bad. Suivant l’exemple d’AMC, tout le monde diffuse maintenant quelque chose de potable mais, paradoxalement, je n’ai jamais aussi peu regardé de séries qu’en ce moment. Pas forcément que j’ai une vie très agitée – c’est prévu cela dit – mais, sans raison particulière, je n’arrive pas à trouver la motivation nécessaire pour me lancer dans quoi que ce soit. Je me contente mollement de reprendre mollement ce que je suivais déjà, sans excitation ou curiosité particulière. Ca sent la fin et ça tombe bien, c’est bientôt la fin. Alors voyons, avec cet avant-dernier épisode de Dylanesque TV, le peu de choses que je visionne encore.

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7 Days in Hell

 Putain je m’étais pas marré comme ça depuis au moins Broad City. Cet ovni, c’est un téléfilm écrit par quelqu’un que je connais pas et diffusé cette semaine sur HBO. Sous la forme d’un documentaire sportif (et reprenant parfaitement les codes du documentaire sportif), on y suit un match historique entre deux joueurs de tennis qui s’affrontent pendant 7 jours, à Wimbledon. Le premier, incarné par un Andy Samberg en roue libre assez jouissive, est le demi-frère des sœurs Williams et un cocaïnomane qui ne cesse d’enchaîner les comebacks et les outrages. Le second, incarné par Jon Snow – qu’il est bien plus agréable de voir dans une comédie - est un petit anglais très poli au QI très faible élevé à la dur par sa mère. Le tout est une parodie de 40 minutes qui arrive à placer un gag à la seconde – il se revoit au moins deux fois – et convoque une ribambelle de guest-star dont je ne vous spoilerait que Jon Hamm en guise de narrateur. On a rarement vu autant de corps nus sur HBO – en particulier des hommes – ou d’absurdité aussi crasse et réjouissante. Et j’aimerais que la chaîne, à l’image d’Adult Swim, se mette à produire plus de comédies de ce genre.

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Falling Skies S05E02

Oui, je continue de m’infliger ça. Pour la dernière fois puisqu’il s’agit de l’ultime saison et qu’on approche de l’inévitable happy end où Tom Mason entraînera la race humaine dans la victoire contre l’envahisseur. Pour ça, il devra probablement survivre une bonne dizaine de fois de manière improbable – le mec est allé sur la Lune et en est revenu vivant – et sera sans aucun doute tiraillé entre son « inner-warrior » et sa compassion. Autour d’un Noah Wyle qui ne fait même plus d’efforts, il y aura des triangles amoureux, des retournements de situations qui sentent le réchauffé, une nouvelle race d’aliens sorties de nulle part histoire de pimenter un récit de moins en moins cohérent, un Weaver qui est peut-être la seule voie de la raison dans cette collection de personnages débiles et des dîners aux chandelles en plein rationnement. C’est un guilty pleasure qui n’apporte pas toujours du plaisir mais que je continue de regarder parce que ce serait con de s’arrêter si près de la fin. Et quitte à avoir une série de l’été bien couillonne, je préfère ça à « Under The Dome ».

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Halt And Catch Fire S02E06

 C’est devenu vraiment bien. La dernière fois, j’expliquais tout le bien que je pensais de la restructuration du récit et des choses excitantes qui se passent à Mutiny. Non seulement c’est toujours le cas mais c’est même de mieux en mieux depuis que Joe a trouvé un moyen de se revenir dans la vie de ses camarades. Plutôt que d’être le manipulateur sans relief et sans intérêt de la première saison, il agit ici avec un supplément d’âme qui rend ses agissements bien plus intéressants à suivre. Tandis que Donna continue d’être le personnage le plus complexe (Kerry Bishé vole la vedette sans arrêt), Cameron gagne en nuances, Bosworth est devenu une présence irremplaçable et le diagnostic médical de Gordon est une belle source d’émotions. C’est de toute façon la clé pour comprendre la réussite de cette deuxième saison : l’émotion. Elle n’est plus aussi gratuite, plus aussi fabriquée, elle devient de plus en plus organique à mesure que les personnages agissent comme des humains et ne sont plus au service d’une intrigue faussement complexe. Maintenant, c’est l’intrigue qui sert des personnages attachants et fragiles dont les projets sont tragiquement voués à l’échec. C’est devenu beau de les voir essayer malgré tout.   

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Mr Robot S01E02 

“Vasy, comment il est génial ce pilote !”. C’était à peu près le consensus qui m’a poussé à regarder la nouvelle série d’USA Network (une chaîne dont je me contrefous depuis toujours) avec au casting un des rares soldats mémorables de The Pacific, un Christian Slater enfin guéri de sa malédiction – la série vient d’être renouvelée – le Cary n°2 de The Good Wife et le Dr Jeannie Boulet dans le rôle d’un Dr Melfi du pauvre. Rami Malek y incarne Elliot, un jeune homme pas très doué socialement qui, le jour, gère la sécurité informatique de grosses compagnies méchantes et qui, le soir, joue les justiciers en hackant les pédophiles, petits amis malveillants et dealers pas sympas. Jusqu’au jour où il est recruté par un Christian Slater cabotin qui supervise un groupe anarchiste en mode Anonymous et a l’intention de détruire le capitalisme via Internet. Mon gros problème avec le pilote, c’est que je n’arrêtais pas de penser à Dexter : la voix-off qui appuie sans subtilité les dilemmes moraux d’un personnage qui enfreint la loi pour assouvir sa vision du bien et dont le travail lui apporte une couverture sans que ses collègues ne se doutent de rien. En lui collant une psy, une addiction à la drogue et des troubles de la personnalité, je trouvais que les scénaristes faisaient d’Elliott une sorte de best of d’anti-héros du câble.

C’était sans compter sur le charisme de Malek, sur le rythme impeccable d’un pilote à la fluidité assez remarquable, qui a tellement confiance en lui qu’on ne peut s’empêcher de pardonner quelques grosses ficelles et une réalisation tape-à-l’œil collant parfois mal à la claustrophobie du propos. Le deuxième épisode est une redite moins réussie qui réintroduit l’univers et les personnages tout en offrant un deuxième « monster of the week » dont notre hackeur doit se débarrasser. L’aspect conspirationniste est un peu flou et grossier pour le moment même si ça permet d’exposer un discours anti-capitaliste et anarchiste assez rare à la télévision. J’attends de voir si le récit continuera de sortir des sentiers battues et des dialogues peu inventifs ou s’il tombera dans l’aspect plus convenu qui se cache derrière ses effets de style. En tout cas, je suis pas dupe : si un créateur voulait vraiment dire fuck à la société, il passerait pas par une chaîne de télé. À moins que ce soit une infiltration ? Le problème, c'est que l'été, les gens sont occupés à se prendre en photo via un selfie stick à la Baule alors la révolution risque de passer inaperçu. Restera le divertissement, je croise les doigts...

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Masters of Sex S03E01

L’épisode, diffuse ce soir sur Showtime, a leaké il y a environ une semaine mais j’aurais attendu aujourd’hui pour le regarder. J’ai beau avoir apprécié la deuxième saison plus que certains, ma motivation n’était pas au plus haut pour retrouver Masters et Johnson. On se retrouve propulsé en 1965 avec un season premiere qui arrive plutôt intelligemment, en alternant une conférence de presse et un weekend mouvementé en famille, à replanter le décor. Si Virginia et Libby n’ont étonnement pas pris une ride, Bill a les cheveux gris, leurs enfants ont bien grandis et la radio prend bien soin de souligner l’époque, sur fond de Vietnam et de Martin Luther King. On est tout de même loin de Mad Men et les maladresses sont nombreuses : un ménage à trois un peu flou, des adolescents en bonne grosse crise d’adolescence, un gamin qui s’exprime aussi bien d’un adulte quand il s’agit de pointer du doigt les défauts de son père, une conclusion où les journalistes suspicieux des avancées de nos deux chercheurs finissent par applaudir leur génie… Mais Sheen et Kaplan ont suffisamment imposés leurs personnages dans mon cœur pour que j’ai envie de suivre leur évolution et de passer outre les raccourcis temporels ou scénaristiques. Leur étude est ce que la série nous raconte le mieux alors j’espère qu’elle va se recentrer dessus très rapidement sans accumuler d’intrigues secondaires qui ont parfois rendu la saison précédente un peu inégale.  

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Rectify S03E01

La très belle série de Sundance Channel est de retour avec une troisième saison raccourcie – et déjà renouvelée – qu’il est bon de retrouver chaque été. Je dois avouer qu’au départ, il m’a fallu un moment pour me replonger dans son ambiance particulière et pour me souvenir des événements récents. Et puis, peu à peu, on reprend goût à un récit qui prend son temps pour étudier les blessures d’une famille qui se déchire de plus en plus autour d’un Daniel qui va devoir s’exiler après avoir plaidé une nouvelle fois coupable d’un meurtre sur lequel plane encore un vrai mystère. Et ce n’est pas important : ce qui est passionnant, c’est plutôt de suivre Daniel dans sa douloureuse quête de retour au monde des vivants. Ici, la lecture d’un livre dans un parc ou le souvenir d’un passage dans le couloir de la mort sont deux grands moments pour un Aiden Young toujours aussi hypnotisant. Et même si j’aurais aimé passer plus de temps avec Daniel dans ce season premiere à la structure un peu brouillonne parfois, le reste des personnages gagne en épaisseur. Teddy Jr, sur qui s’ouvre la saison, est même devenu une vraie figure tragique à sa manière. Une série humaniste, poétique et contemplative comme on en fait plus beaucoup.   

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The Worst Idea of All Time Podcast S1

En fait, voilà une des raisons pour laquelle je regarde plus trop la télé : je suis devenu obsédé par le podcast complètement fou de Tim Batt et Guy Montgomery. Deux comédiens néo-zélandais qui ont décidé naïvement de regarder l’horrible « Grown Ups 2 » d’Adam Sandler une fois par semaine pendant un an et de documenter leur inévitable descente aux enfers. J’ai plutôt l’habitude d’écouter des podcasts (Comedy Bang Bang, Maron, Mom On Pop et Talkin U2 notamment) mais rarement un concept et son exécution ne m’avaient autant séduit et presque hypnotisé. Il y a quelque chose de pervers à écouter deux hommes se forcer à regarder la même merde chaque semaine et les entendre devenir fou, visionnage après visionnage. C’est presque comparable à une ascension de l’Everest où chaque détail pour rendre l’aventure plus supportable est important et où la camaraderie permet de ne pas sombrer dans la plus totale dépression – ce qui manque d’arriver quand un voyage en Europe sépare les deux amis pendant quelques épisodes et que Tim doit célébrer son 27ème anniversaire seul en regardant « Grown Ups 2 » pour la 27ème fois. Parfois, un guest va venir les soutenir et leur permettre d’établir de nouvelles hypothèses sur le génie diabolique de Sandler.

En roue libre lors des heures les plus sombres de l’année, les deux compères font parfois du hors-sujet total mais on s’est tellement attaché à eux que c’est tout aussi sympathique. Tout comme les moments où un figurant du film devient un objet d’études ou quand une milliseconde ou un regard de Chris Rock deviennent des instants de bonheur. Il me reste une douzaine d’épisodes à écouter – ça dure une demi-heure et ça se mange comme des petits pains si on supporte l’accent kiwi – et j’arrive au fameux commentaire audio proposé par Tim et Guy afin de rendre l’expérience encore plus dingue. Il va donc falloir, pour savourer ça, que je me tape moi aussi « Grown Ups 2 », un film que j’ai déjà l’impression de connaître par cœur. Mais le pire est à venir… sortis vivant de leur folie, Tim et Guy consacrent en ce moment une deuxième saison à… Sex & The City 2 ! La vie est trop courte et mon temps très précieux mais je serais là pour les encourager à nouveau. 

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Sinon, Last Week Tonight est toujours aussi recommandable. J'avance tranquillement dans mon intégrale de Cheers et j'attends le retour de Review avec impatience. On en parle la prochaine fois, dans le dernier épisode de DylanesqueTV !

02/07/2015

Young Dylanesque #3

Suite (mieux vaut tard que jamais) de cette série d’articles autobiographiques autour de mon amour grandissant pour les séries télévisés, de la petite enfance à aujourd’hui. Dans une première partie, j’avais parlé de mon premier amour télévisuel. Dans une deuxième partie, je revenais sur mes tentatives d’écrire à mon tour des histoires. Avec ma rétrospective consacrée à Urgences, j’ai aussi eu l’occasion de ressortir pas mal de souvenirs. Et là, j’aimerais bien vous parler d’une époque qui est définitivement révolue (pour ma part en tout cas) : la découverte des séries sans Internet à domicile. Il est pas question ici de faire mon réac – je suis plutôt content d’avoir Internet aujourd’hui – mais plutôt d’être nostalgique. Il fallait s’y attendre, à quelques jours de la fermeture définitive du blog.

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Déjà, résumons un peu ce que j’ai déjà pu vous raconter : en 1990, je nais (c’est histoire de vous situer chronologiquement). À 3 ans, je deviens accro au feuilletonnant grâce aux Animaux du Bois de Quat’ Sous. À 9 ans, je découvre ER en me cachant les yeux et Friends quand elle vient remplacer ma chère Hartley Cœur à Vifs sur France 2. À 12 ans, mon obsession est partagée entre la Trilogie du Samedi, Harry Potter et l’univers de Tolkien. À 15 ans, The West Wing, Six Feet Under et Scrubs enrichissent mon catalogue et je commence à m’acheter mes premiers coffrets DVD. À 18 ans, désormais accro à The Office, Mad Men et 30 Rock, je quitte la maison de ma mère pour devenir étudiant et durant ce dernier été de gentille et douillette innocence, grâce à une miraculeuse connexion SFR Wifi Public dans mon premier minuscule studio, je lance ce blog. 

À aucun moment durant ce long apprentissage, je n’ai eu une connexion Internet à domicile. Ma mère ne voyait pas l’intérêt d’avoir un ordinateur et n’avait de toute façons pas les moyens de s’en procurer un. J’ai pu tardivement récupérer un mastodonte portable via mon paternel et il me servait principalement à écrire les fanfictions dont je vous parlais la dernière fois et à stocker toute les infos que je pouvais copier-coller lors de mes visites sur le web. Pour ça, je pouvais compter sur Mathieu, mon meilleur ami d’enfance et sur le CDI du collège puis du lycée. Si vous regardez dans leurs historiques entre 2003 et 2008, vous tomberez sur les adresses que je vais lister plus bas, car c’étaient mes références. Les sites que je visitais dès que j’avais l’occasion et dont je copiais le contenu sur des disquettes pour ensuite pouvoir les lire sur mon gros ordi portable à la maison. Il fallait parfois que je fasse ça en cachette ou sous un autre prétexte, comme s’il s’agissait de porn. Et ensuite, durant tout le trajet en bus du retour, je n’attendais qu’une chose : pouvoir me plonger là dedans et lire, sous format Word, de précieuses reviews, guide d’épisodes, analyses et spoilers concernant mes obsessions (principalement ER, vous vous en doutez).

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Au fil du temps, j’ai accumulé une connaissance encyclopédique de certains trucs car, plutôt que de réviser mes maths, je passais mon temps à mémoriser des infos plus ou moins capitales sur mes séries favorites : comment s’appelle tel épisode d’ER en VF et en VO, qui joue telle conquête de Joey dans Friends, qui avait écrit ou réalisé tel épisode de Buffy… Tout était rangé dans des dossiers Word sur mon ordi et dans un coin précieux de ma mémoire. Aujourd’hui, plus la peine : tout est à portée de main et comme je vieillis et regarde de plus en plus de choses, je me fatigue plus trop à retenir ce genre de choses. Malgré tout, il m’arrive encore de me surprendre à imprimer des détails comme une éponge. Et je pense toujours être capable de raconter dans l’ordre chaque épisode d’ER et de Friends. Les premières obsessions, c’est comme le vélo, ça s’oublie pas.

Donc amusons-nous, en guise d’hommage, à lister ces sites de références visités avec l’aimable autorisation de mon cher Mathieu et sans aucune autorisation de mes chers établissements scolaires - big up au lycée Champblanc – et grâce auxquelles j’ai pu devenir un sériphile même sans avoir Internet à domicile. Certains ont disparus, d’autres sont encore dans mes favoris.

Series Live

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La première référence car probablement le premier résultat sur lequel j’étais tombé en tapant « je veux tout savoir sur les séries télé que j’aime » sur Lycos ou Altavista – au CDI, on nous forçait à boycotter Google. Et c’était concrètement un vrai site de références à l’époque, avec des guides d’épisodes fournis, un fil actu qui tenait la route et un forum animé – mais il faudra justement attendre que j’ai mon propre Internet pour m’y inscrire et pour participer, sur la fin, aux podcasts animés par Lady Telephagy. Si le site est encore en ligne aujourd’hui, il est devenu tristement inactif et obsolète mais reste une Madeleine de Proust pour nombreux sériphiles français.

EDUSA puis pErDUSA

Pour en savoir plus sur la longue histoire d’une aventure commencée il y a quasiment 15 ans, l’équipe avait déjà proposé une chouette rétrospective que je vous invite à découvrir. J’étais tombé sur l’ancien site en 2003 via les chroniques de Joma au sujet de la neuvième saison d’ER. À l’époque, j’étais plutôt du genre à adorer tout ce que proposait John Wells et la mauvaise foi sur laquelle EDUSA avait basé sa réputation perturbait un peu mon jeune cœur naïf. Malgré tout, je suivais ça de près car, comme le téléchargement n’était pas légion à l’époque et que, même si ça avait été le cas, j’aurais pas pu choper les derniers épisodes depuis la connexion du CDI, ce site était mon seul moyen d’être en avance sur tout le monde. C’était un bonheur de se faire spoiler car c’était comme être détenteur d’un secret. Je pouvais alors m’assoir devant « Chaos Theory » en trépignant à l’idée de voir Romano se faire découper le bras par un hélico.

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Très vite, ma mauvaise foi s’est développée et j’ai également pu savourer les chroniques acerbes de 24 et Smallville. Très vite, ma curiosité fut stimulé par les rubriques de Drum, Ju et les autres que je copiais-collais sur ma disquette. Sans jamais pouvoir en voir une seule image, j’étais déjà fan de Frasier, du SNL, de Gilmore Girls, de Firefly ou d’Arrested Development. Très influençable, j’aimais les mêmes choses que la team et je me moquais des mêmes boucs émissaires, ravi de comprendre peu à peu  les runnings gags de Jéjé et Tigrou. Pendant plus de dix ans et en les suivant ensuite sur un deuxième site inauguré en 2006, EDUSA fut mon école personnelle sur les séries américaines avec des profs qu’il était bon de retrouver à chaque rentrée.

Quand j’ai eu Internet, je me suis inscris sur le forum, puis j’ai lancé mon propre blog. Peu à peu, et à mesure que mon propre sens critique se développait et que l’équipe du site évoluait, j’étais de moins en moins convaincu par leurs mauvaises habitudes. Mais ça ne m’empêche pas, encore aujourd’hui, de cliquer une fois par jour sur le logo pErDUSA toujours présent dans ma barre de favoris et de savourer, à l’occasion, une très bonne analyse pleine de mauvaise foi.

Merci les gars (et les filles, en particulier Blackie et Feyrtys) et bravo à vous de poursuivre l’aventure !

À Suivre.org

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Très vite, j’ai découvert qu’EDUSA faisait partie d’une famille plus large. Ou plutôt d’une association : À Suivre, qui hébergeait d’autres sites qu’il me fallait découvrir au plus vite. Le Village, consacré aux fictions européennes et francophones et souvent animé par notre cher Sullivan Le Postec. Le FLT (Front de Libération Télévisuelle)  qui réservait au PAF français le même traitement plein de mauvaise fois que Ju réservait à Lost. La LTE (Ligue des Téléspectateurs Extraordinaires) qui faisait un peu comme EDUSA mais au moment de la diffusion des séries sur nos écrans. Grâce à d’excellents dossiers, je leur dois ma découverte d’Homicide et de The Shield. Et puis, seul survivant d’entre tous, l’encyclopédie Annuséries. Mise à part un nom douteux qui mériterait grandement d’être modifié et une forme un peu archaïque, c’est encore aujourd’hui une mine d’or d’infos pratiques sur un millier de séries. Carine et son équipe – dont, pour ne rien vous cacher, je fais partie depuis déjà quelques années – font un travail de malade pour alimenter et garder vivant ce précieux outil qui, je l’espère, est encore utilisé. Moi, il m’a beaucoup servi à l’époque où les guides de ce genre me permettaient de faire tourner Spirit TV, la chaîne imaginaire que j’avais inventé (cf : Young Dylanesque #2). Si Annuséries est toujours une référence pour vous, n’hésitez pas à leur dire un grand merci, ils le méritent !

Lady Telephagy

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Une figure incontournable de la blogosphère séries depuis 2004. Elle écrit tellement sur tellement de séries du monde entier qu’il serait difficile d’avoir lu toute son « œuvre » mais il suffit d’un peu de curiosité pour que, au moins une fois, elle vous ait convaincu de sortir des sentiers battus. C’est grâce à elle que, à chaque rentrée, j’en savais plus sur les nouveau pilotes – sa spécialité – et ce fut plus tard un plaisir de la suivre et de l’accompagner dans une poignée de podcasts. C’est rare de trouver un blog série avec une telle longévité et personnalité et, sous une nouvelle forme, elle poursuit aujourd’hui son travail de défrichage avec la même passion. Je ne suis pas toujours d’accord avec ses critiques, et c’est tant mieux !

Critictoo

Un site généraliste qui avait le mérite d’être mis à jour quotidiennement par une petite équipe de passionnées et qui traitait de manière très large d’un tas de séries via des rubriques sympathiques (Spotted, Cult Characters). Je parle au passé car je visite moins le site aujourd’hui – je ne connaissais pas encore The AV Club à l’époque – mais je me devais de le mentionner car il fut longtemps parmi mes favoris. Il y a longtemps, j’avais même eu le droit à un profil du sériphile que je vous invite à relire pour ensuite vous moquer de moi.

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- Les américains

Comme il m’en fallait toujours plus, j’ai étendu mes recherches à partir du lycée vers le web américain. Ma prof d’anglais n’en savait rien mais c’est vraiment là que j’ai fait mon éducation de la langue. Grâce à Alan Sepinwall, TV.com, le regretté Television Without Pity, l’AV Club – probablement le site sur lequel j’ai gaspillé le plus d’heures de ma vie – et même Michael Ausiello qui était à l’époque, comme pour beaucoup, ma principale source de spoilers.

J’ai dû en oublier certains mais, globalement, ses adresses étaient la base. Sans compter tous les sites consacrés à ER que j’ai déjà évoqué ici. Mais en écrivant cet article, je voulais avant tout rendre hommage à la presse papier, la presse spécialisée séries qui a peu à peu disparue et fut, encore plus qu’Internet, ma source principale alors que mon obsession grandissait. 

- Séries Mag

Bimensuel publié depuis 2000. Avec une cible axée jeune adolescents et qui surfe sur les succès du moments. Au début, il fut crée parce qu’il y avait un énorme engouement autour de Buffy et la couverture du numéro le plus récent est consacrée à Teen Wolf !

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Premier numéro acheté : Le n°17 en septembre 2002 au bureau de tabac de la Séguinière (49) avec Spike en couverture et un dossier spécial sur Alias. À l’époque, avec mon pote Mathieu – celui qui me prêtait sa connexion Internet – on achetait en alternance Séries Mag et One, un autre bimensuel consacré à l’actualité cinéma/musique pour les ados. On collectionnait les posters, on se prêtait les numéros, moi je découpais les articles sur Buffy, lui découpais ceux sur Charmed. Et ça a continué comme ça jusqu’au au  n° 38 d’avril 2006. Jusqu’à la fin de l’acné plus ou moins.

- Series TV Magazine

Trimestriel (autrefois mensuel puis bimensuel) publié depuis 2000. Un très bon moyen d’assouvir sa passion pour les séries du moment même si, justement, le magazine à tendance à surfer lui aussi sur les succès du moment et est vraiment chouette quand on est adolescent, bien mieux foutu que Séries Mag, légèrement plus pointu.

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Premier numéro acheté : Le N°19 acheté en août 2003 à la Maison de la Presse de Notre Dame de Monts (85) alors que j’étais en vacances au camping avec mes grands-parents. À l’époque, la série en vogue chez les jeunes était Smallville et j’avoue que c’est ce qui m’a poussé à acheter le numéro. Ca et le dossier Buffy/Angel et surtout, l’interview de Noah Wyle. J’ai du lire ce numéro au moins 15 fois sous la canicule de 2003. Et j’ai continué à acheter Séries TV Mag jusqu’au n°36, en septembre 2007, alors que Prison Break et Lost étaient devenu les nouvelles favorites et que la nouvelle formule m’intéressait moins. Faut dire que j’avais grandi aussi, il était temps de passer à autre chose.   

Génération Séries

Trimestriel publié de 1991 à 2004 faisant la part belle aux énormes dossiers ultra complets, des guides d’épisodes gigantesques et des rubriques de niches capable d’éveiller la curiosité sur tous les sujets (SF, séries des années 60 à 80).

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Premier numéro acheté : Le N°46 avec Scrubs en couverture à l’espace presse du Leclerc de La Flèche (72). C’était un long voyage en voiture avec mon père et je suis tombé amoureux de Scrubs en dévorant le dossier sur la série. À l’origine, c’est le retour sur l’ultime saison de Buffy qui m’avait attiré et je suis sorti de ma lecture avec l’envie de voir tout Babylon 5 – je n’ai vu que le pilote depuis…Le numéro suivant fut le dernier et m’a accompagné au bord de la mer. Plus aucun numéro n’est dispo aujourd’hui mais j’ai eu la bonne idée de commander, avant qu’il ne soit trop tard, le n°34 et le n°42, qui contiennent d’excellents dossiers sur ER et Friends.

-          Episode

Mensuel publié de 2002 à 2003 qui m’ a permis de découvrir plein de choses (The West Wing notamment) et, dans un monde où Internet n’était pas tant utilisé que ça – pas par moi en tout cas – était la meilleure source d’actus sur l’univers des séries.

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Premier numéro acheté : Le N°11, en septembre 2003 à l’espace presse du Carrefour de Cholet (49). Il y avait Angel en couverture mais c’est surtout le dossier sur la neuvième saison d’ER qui m’a attiré. Le numéro suivant allait me donner envie de découvrir The West Wing – j’ai heureusement pu tomber sur le coffret VHS de la première saison à Gifi – et j’allais ensuite ne pas manquer un Episode jusqu’à la disparition bien triste du mensuel.

-          Générique(S)

Je l’avoue, il m’est arrivé de dire du mal de Pierre Langlais dans ces pages. De la jalousie ? Le fait qu’il se surnomme Mr Séries ? Une mauvaise foi transmise par l’équipe de pErDUSA ? Quoi qu’il en soit, j’ai l’occasion aujourd’hui de le remercier pour au moins une chose : ce magazine. Un bimestriel publié de 2007 à 2010, c’était le digne successeur de Génération Séries. Au départ, l’angle était un peu trop « voyons voir si les séries sont aussi bien que le cinéma » mais très vite, face à la disparition du reste de la presse spécialisé, Générique(S) est devenu une référence. Il fallait se payer quelques dossiers pompeux à l’occasion mais aussi d’excellentes rubriques et des chroniques DVD permettant de revenir sur un nombre de séries très variés.

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Premier numéro acheté : D’abord, j’ai le souvenir de voir la couverture du n°3, avec Martin Sheen en Président Bartlet, placardée un peu partout dans Paris, en avril 2007, au moment de l’élection présidentielle. J’étais sur la capitale pour voir Dylan pour la première fois et quelques semaines plus tard, j’ai foncé au kiosque pour me procurer le n°5, avec Larry David en couverture, rien que ça. J’ai un excellent souvenir du n°24 avec Alexandre Astier en rédacteur en chef et c’est en lisant le dossier consacré aux Sopranos que j’ai fini par me lancer dans l’œuvre de David Chase. L’ultime numéro est le dernier magazine consacré aux séries que j’ai acheté. C’était en 2010 putain…

Mention spéciale également à Series Max dont j’avais acheté le n°7 consacré à Friends et à Télé Poche, le programme télé de ma grand-mère, où je découpais régulièrement chaque article consacré à ER ou Buffy. Et merci à Annuséries car leur médiathèque est un bel inventaire de ce glorieux passé de la presse spécialisée qui, à quelques rares exceptions, a presque entièrement disparu. Moi, j’ai toujours ma collection complète et un tas de posters, préservés précieusement dans ma chambre d’enfant. Merci maman.

N’hésitez pas, à votre tour, à partager vos souvenirs. Et la nostalgie devrait se poursuivre durant juillet, jusqu’à l’extinction des feux. Si un gamin s’est un jour connecté au CDI de son collège pour lire mon blog et a pu ainsi découvrir au moins une série, j’aurais réussi ma mission et la boucle sera bouclée.

26/06/2015

Louie S05E05 à S05E08

Suite et fin de notre discussion autour de la cinquième saison de Louie. N'hésitez pas à réagir. Sinon, on va se sentir obligé de parler de Game of Thrones et personne a envie de lire ça...

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Louie accompagne Jane chez le médecin et découvre que celle-ci souffre de dépression. Plus tard, il est victime d'une série de cauchemars qui l'empêchent de dormir...

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Dylanesque : Lors d'un panel proposé aux journalistes à la fin de la saison, Louie expliquait pourquoi il n'avait pondu que huit épisodes cette année. À l'origine, il avait demandé au patron de FX de repousser le tournage pour ne pas avoir à supporter un hiver new-yorkais très rude. Et puis un soir, après avoir fumé un peu trop de weed, il s'est mis à écrire des scripts et a rappelé FX pour leur dire qu'en fait, c'est bon, il a des idées géniales et veut les tourner tout de suite. Au réveil, Louie a relu ses brouillons et a réalisé que ça n'avait aucun sens. Est-ce que "Untitled" est le rejeton de ce premier jet écrit défoncé ? 
 
C'est en tout cas un épisode particulièrement étrange, que j'aimerais bien revoir après avoir fumé un peu moi aussi. Dans la même conférence, CK explique qu'il voulait faire peur au public et que c'était l'occasion pour lui d'écrire un mini film d'horreurs inspiré par ses véritables cauchemars. Pourtant, l'épisode commence de la manière la plus classique possible, avec une énième petite aventure de Louie en compagnie de ses gamines. Comme tu le disais la dernière fois, on jubile d'avance car c'est le genre de scène confortable qui est toujours réussie. Mais quand Jane se retrouve face au médecin et lui explique qu'elle se sent devenir pure énergie et qu'elle est capable de voir l'électricité, les choses prennent un tournant moins léger. Sa dépression avait déjà été abordé brillamment la saison dernière et je m'attendais à ce qu'elle revienne sur le tapis. Mais non, celui qui se retrouve agressé par la noirceur, c'est Louie, perdant pied dans une série de cauchemars vraiment cauchemardesques. 
 
C'est la réussite de cette expérience : nous faire flipper en retranscrivant le non-sens flippant de l'inconscient. D'habitude, les cauchemars dans les fictions sont soit très littéraux (et lié à l'intrigue du moment) ou bien complètement déconnecté de tout et juste bizarre. Là, Louie réussit à mélanger ce qui l'obsède et ce qui lui est inconnu pour nous offrir un résultat vraiment troublant tellement on s'y perd entre réel et imaginaire, tellement nos repères s'évaporent dès qu'on croit les avoir trouvé. C'est en général ce qui se passe dans un cauchemar, non ? En plus, comme souvent derrière ses expériences, Louie n'oublie ni d'être drôle ni d'être émouvant (parce que la dépression de Jane, j'ai bien peur qu'elle fait bien partie de la réalité). 

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Est-ce que "Untitled" t'a fait flipper ou bailler ? 
 
Gibet : Flipper ! Et rire (d'autant plus que Louis CK se permet des trucs inédits du fait qu'il filme un rêve - Louie qui arrive sur scène et ne sait plus parler, c'est bête mais c'est le genre de truc qui me fait rire de très bon coeur). Ce qui est intéressant à part ça, c'est que Louis CK prend soin de ne pas du tout résoudre la problématique du rêve. Parce que bon à partir du moment où on se met à montrer du rêve, il faut forcément affronter la question du sens, de l'inconscient, de la psychanalyse. Qu'est-ce qu'un rêve ? Un réseau de signes cryptés qui représentent nos désirs refoulés ? Un mix random de souvenirs et de fantasmes ? Du pur nawak ? A l'époque de La Science des rêves, Gondry adoptait une posture anti-psychanalytique (que je trouve assez satisfaisante mais qui en pratique rend les rêves du film un peu trop utilitaires et innocents) : en vrai nos rêves sont super faciles à décrypter si on est attentif et honnête, car ils sont le fruit de notre cervelle qui décuve de sa journée (ce qui annule l'idée d'altérité intérieure profonde et quasi-insondable). Mais ça reste de l'hypothèse, scientifiquement on en sait rien du tout. Louis CK il part de ça. Y'a le docteur qui dit peut-être que ça a du sens peut-être que ça n'en a aucun, et l'épisode mélange à la fois des élements qui relèvent de la vision du rêve comme "réseau de signes cryptés etc" (quand il a une sorte de meringue à la place de la bite, on pense à toutes ces théories freudiennes sur la castration), des éléments qui relèvent de la vision du rêve comme décuve (reprise de motifs de la partie censément non rêvée sous forme hallucinée) et des éléments qui relèvent du pur nawak (les jumpscares avec le bonhomme sans yeux). Le bonhomme sans yeux, d'ailleurs, résume bien la démarche de l'épisode : c'est impossible de trancher sur ce qu'il incarne.
 
Et la fin de l'épisode ouvre encore plus la brèche. On a simplement Louie qui se réveille, et on sait plus trop quand ça a commencé et si ça va s'arrêter. Moi ça m'a permis de jeter un regard neuf sur la totalité de la série. Après faut pas s'égarer dans les théories farfelues (en fait tout Louie se passe dans la tête du perso de Lucky Louie endormi !) c'est pas le sujet. Mais ça m'a fait me rendre compte que la quasi-totalité de Louie a une ambiance indécidable de rêve. Un truc à la Bunuel où le réel et l'imaginaire sont tellement poreux que ça sert plus à rien d'essayer de les départager. Louie, c'est Louis CK qui rêve sa vie - pas qui la rêve au sens où l'idéaliserait, mais au sens où il teinte tout le quotidien d'une bizarrerie pas du tout quotidienne genre "inquiétante étrangeté".

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Peut-être que ça vient comme tu dis de la weed, ou peut-être pas du tout. Peut-être qu'il faut être ultra-éveillé pour écrire un épisode pareil. D'autant que le high Louis CK a l'air pas très constructif. La weed pour lui, si on se fie aux interviews, ça le fait prendre des décisions débiles, écrire de la merde en se croyant génial, et aller voir des films en IMAX pour le plaisir des blue numbers d'intro (voir son épisode de Comedians In Cars Getting Coffee). Je chipote là-dessus parce que lier l'imagination débridée aux drogues c'est un raccourci qui esquive bien des complexités (c'est sûr et certain que les drogues font sauter les censures et ont engendré des trucs de ouf - surtout en musique j'ai l'impression - mais selon les contextes les personnes ça peut tout aussi bien ne créer que de l'inertie), et ça résout trop rapidement ce débat artistique aussi vieux que l'art du faut-il vivre ce à propos de quoi on écrit pour l'écrire ? Depuis toujours on se demande qui écrit le mieux la passion amoureuse, celui qui en dehors de toute passion amoureuse l'observe et la restitue froidement ou celui qui la vivant est capable d'en restituer les mouvements en direct ? La réponse est ça dépend, et je crois que c'est pareil pour tout ce qui relève de la représentation de l'imaginaire en roue libre.
 
Autre détail sur lequel je me sens de chipoter : la dépression de Jane. Face à la séquence chez le docteur, il y a au moins trois réactions possibles : 1) prendre le parti que tu prends, Lily est dépressive la pauvre ; 2) prendre le parti pragmatique du docteur, qui élude le truc en une phrase (tu es déshydratée, bois plus) ; 3) prend le parti que peut prendre parfois Louis CK quand il parle de ses filles, c'est juste une enfant gâtée qui se plaint pour pas grand-chose. Et il me semble que ça reste en suspens. Y'a l'antécédent de la saison 4 où on comprenait que Jane était surdouée et le fait est que les surdoués ont tendance à être dépressifs. Mais la séquence de cet épisode ne clôt pas du tout le diagnostic (dans un épisode qui ne clôt pas du tout le diagnostic quant à la nature et au sens des rêves). Ce qui fait, quand on met tout ça bout à bout, qu'on a un excellent épisode sur le cerveau humain, et l'impossibilité d'arriver à un savoir le concernant. Ça me fait penser à A Serious Man des frères Coen, qui arrive à obtenir un résultat équivalent sur des questions plus hautes (Dieu, la foi, le libre-arbitre, etc) : un croyant verra un film sur l'implacabilité du destin là où un athée verra un film sur le hasard absolu. De même, Untitled peut donner du grain à moudre à tout le monde, lacaniens, ouvriers, ma soeur.
 
Dylanesque : Et s'ils veulent réécouter la délicieuse chanson finale sur fond de diarrhée, la voici. 
 
***
 
S05E06 Sleepover
 
Quand Lily invite ses copines à la maison pour une soirée pyjama, Louie doit les surveiller. Il reçoit alors un message de Pamela et doit également aller payer la caution de son frère en garde à vue...

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Gibet : On retombe un peu avec cet épisode. Y'a pas grand-chose à redire, c'est très plaisant, avec pas mal de trouvailles (les petites filles aussi furieuses que des Gremlins, le mensonge du frère illustré par un film muet...), pas mal de bons gags (Louie qui annonce sans faire exprès à une petite que ses parents vont divorcer, puis qui a envie de se branler au pire moment possible, le frère persuadé que le yaourt sort de la chatte des vaches...), et un ton plus gai que d'habitude (Pamela très tendre, tout le monde se réconcilie autour d'une bonne glace). Mais tout à l'heure je parlais de formule de sitcom plus traditionnelle, et c'est le genre d'épisodes où on on y est totalement. Bien et pas bien.   
 
Dylanesque : Oui, l'épisode est tellement classique qu'il se permet même de recycler des choses déjà explorées cette année - disons plutôt, si on est indulgent comme moi, d'en proposer une variation - avec notamment la scène d'ouverture où Louie se retrouve de nouveau confronté à une génération qui, d'abord l'agace et ensuite le surprend. La dernière fois, c'était avec la vendeuse de casseroles, là c'est avec Lilly au cinéma. Cette scène d'ouverture, je la trouve à la fois très touchante et très maladroite. Touchante parce que, comme on l'a déjà dit mille fois, une scène entre Louie et ses gamines, ça fait toujours mouche, surtout quand c'est l'occasion de dire quelque chose d'un peu neuf sur la génération Y. Maladroite parce que c'est un peu didactique, j'ai presque l'impression d'avoir un sketch du comédien plaqué à l'écran, un sentiment que j'avais pas eu depuis la première saison. Reste la galerie de guest-star improbables qui vient pimenter le tout. 
 
Et pour le reste, pareil : je n'ai rien trouvé d'exceptionnel mais j'ai tout trouvé plaisant. Après la rupture pesante de "Bobby's House" et les cauchemars de "Untitiled", l'ambiance plus légère fait du bien et on rigole de bon coeur devant cette farce où il suffit de remplacer le jazz à la Woody Allen par des synthés 80's et les silences embarrassants par des rires enregistrés pour qu'on se retrouve avec un très bon épisode de "Lucky Louie" ! Le surréalisme de l'histoire en noir et blanc raconté par Bobby était un bonus qui prouve que, même quand il est un peu plus paresseux, Louie parvient quand même à s'amuser avec la forme. Même si c'est pas celui dont on se souviendra le plus longtemps, on tient un épisode rigolo et tendre (ce fut selon moi la meilleure utilisation d'Adlon cette saison) que j'aurais aucun problème à revoir et même à montrer à des gens pour leur permettre une introduction tranquille à l'univers de Louie (même si en général, je choisis l'épisode sur la masturbation). 

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Gibet : Ah oui, l'épisode sur la masturbation, il est génial ! C'est superbe comment Louis CK montre que l'abstinence la religion c'est juste un autre érotisme. Parmi les trouvailles visuelles de The Sleepover j'avais oublié la pièce de théâtre du début, qui fait un drôle d'effet, entre son cast de malade et son concentré de mélodrame. C'est assez inédit que Louis CK rende hommage à ce genre de spectacles. On voit beaucoup de sessions de stand-up dans la série, mais très peu de trucs de Broadway, très peu de révérences à la culture plus officielle. Et c'est agréable qu'il le fasse sous l'angle de l'émotion bêta, sans faire de Louie un spectateur éclairé. Je me suis demandé si c'était une vraie pièce captée et synthétisée pour la série ou quelque chose de totalement inventé par Louis CK, en tout cas le résultat est vraiment... chelou. Donc ouais, tout à fait d'accord avec toi, même à l'intérieur d'un épisode très confortable, Louis CK parvient à créer de la forme. 
 
Pour ce qui est de la dispute avec Lilly (que j'ai déjà longuement évoqué quand on parlait de Cop Story la dernière fois), tu as raison de dire que c'est didactique. On pourrait faire à cette séquence le même reproche que je faisais à la séquence de l'inversion des genres dans Bobby's House : c'est très volontariste, très calculé. C'est presque scolaire cette dispute - thèse = Louie / antithèse = Lilly / synthèse = à toi de jouer petit spectateur. Mais j'ai quand même envie de sauver la séquence pour ce que ça produit comme discours. Le discours majoritaire sur les nouvelles technologies (et de fait sur "les jeunes" puisqu'ils en sont les utilisateurs les plus assidus) c'est que ces engins déconnectent du réel, rendent bêtes insensibles, immatures pour toujours. Hier j'entendais Finkelkraut qui disait que c'était le nerf de la guerre, que si on arrivait à faire en sorte que les jeunes lèvent les yeux de leur smartphone ça y est la France serait sauvée. L'autre soir je regardais Bird People, qui diagnostique le tout numérique comme la cause de l'ultra moderne solitude (le film est sauvé par son tiers moineau assez inventif mais bon). Alors je trouve ça très rafraîchissant, surtout de la part d'un "vieux", d'aller contre ça, de donner la parole à une ado, qui défend très bien sa cause. La technologie ne diminue pas le réel, dit-elle indirectement, il l'augmente, il l'intensifie, permet une autre forme de disponibilité (au lieu d'engendrer une absence de disponibilité). Dans ce sens-là, c'est légèrement différent des sketchs de Louis CK, où il va plutôt avoir tendance - mais c'est normal car l'exercice du stand-up est différent - à clasher ses filles, à se laisser triompher sur la jeunesse (il y a ce sketch - peut-être qu'il est dans la série je sais plus - où il se moque d'un jeune qui fait son job avec mauvaise volonté).   
 
Dylanesque : Didactique ou non, c'est en tout cas une nouvelle fois significative de la direction prise, à mon sens, par cette saison : la volonté de Louis CK de donner la parole à tout le monde, d'être à l'écoute et d'évoluer. C'est pas nouveau : la catho de l'épisode sur la masturbation n'était pas juste un personnage qu'il pointait du doigt, il était écrit avec suffisamment de nuance pour que son avis ait une valeur autre que la pure antithèse de notre héros. Dans la cinquième saison, c'est systématique : s'il ne donne raison à personne, Louie a presque systématiquement tort, est presque toujours le mec ennuyeux face à son psy dans "Pot Luck" et à travers lui, on peut se surprendre à passer du bon temps dans une secte, à ne pas détester une hipster pas très polie, un flic violent, une jeune et son téléphone, etc... Ce n'est plus Louie contre le monde ou Louie malgré le monde. C'est Louie et le monde et c'est une approche qui rend la saison, malgré quelques redondances, franchement rafraîchissante. 
 
***
 
S05E07-S05E08 The Road
 
Louie s'embarque, sans véritable enthousiasme, pour une nouvelle tournée de spectacles à travers le pays. Sur la route, à Cincinnati ou Oklahoma City, il fait de nombreuses rencontres...

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Dylanesque : Et pour une vision plus forte de Louie et le monde, quoi de mieux que de propulser Louie sur la route ? C'est étonnant qu'il n'ait pas exploité plus tôt le vivier d'histoires dont une vie de comédien en tournée doit regorger mais c'est finalement approprié de s'en servir maintenant, au moment de conclure une saison ouverte sur les autres. On peut voyager pour se retrouver seul avec soi-même ou tout simplement parce que c'est notre travail mais on ne peut échapper aux rencontres sur la route, c'est impossible. Le point de départ de ce périple est d'ailleurs pas si courant : la route est une corvée pour Louie, quelque chose qu'il fait car il n'a pas le choix, car c'est son taf. Il n'est pas question pour lui d'être en quête de quelque chose ou de profiter du paysage. Un peu comme dans la vie (un road trip c'est une expérience accélérée et intense d'existence à l'intérieur de l'existence selon moi et pas mal de fictions), Louie part avec un esprit pragmatique et résigné. Et un peu comme dans la vie, il sera forcé à sortir de sa bulle pour interagir de plein fouet avec le monde. Tellement de plein fouet qu'il finira les larmes aux yeux. 
 
La doublette "The Road" est mon épisode favori de la saison pas seulement parce que j'adore les road-trip plus que tout ("New Year's Eve" reste mon all-time favorite d'ailleurs) mais surtout parce qu'il s'agit d'un condensé de toutes les thématiques de la saison. Le road-trip est une expérience accélérée et intense de l'existence et "The Road" est une expérience accélérée et intense de la cinquième saison de Louie où chaque rencontre est l'occasion, après une phase d'incompréhension, d'être surpris par l'humanité. On pense qu'on est bien plus tranquille à être assis sur ses acquis et caché derrière sa pudeur mais on finit par prendre beaucoup de plaisir à se déguiser en soldat de la Guerre Civile et à pleurer sur l'épaule d'un comédien spécialiste des blagues de pets. 
 
Gibet : C'est pas strictement la première fois que Louis CK aborde les tournées dans la série. Il y avait dans la saison 1 un épisode où Louie prenait l'avion pour donner des spectacles dans le sud, et se trouvait confronté après l'un d'eux à des fans hardcores qui le menaçaient avec un flingue car il était pas très sympa avec eux, puis il se faisait sauver par un flic qui lui demandait un bisou sur la bouche. Du coup le sujet n'est pas nouveau, mais l'angle oui. Ce que tu dis est juste sur le glissement de "Louie contre le monde" à "Louie avec le monde", il suffit de comparer. Dans l'épisode tournée de la saison 1, les gens rencontrés sont bizarres, hermétiques, un peu fous, et on reste du côté de Louie. On comprend son retrait parce que de toute manière la communication n'est pas possible.

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Dans The Road, les gens rencontrés, tout bizarres qu'ils sont, sont humains et amicaux, et le jeu consiste à nous montrer que c'est Louie le problème dans ces relations qui marchent pas. Ce dont il prend conscience (idée géniale) au milieu d'une engueulade sur les blagues de pet. C'est bien senti, tous les moments clefs du récit assez classique d'ouverture d'introverti (dont la racine est ptêt A Christmas Carol ?) sont désamorcés ou décalés. Louie se met pas à chialer au milieu d'une discussion sérieuse et intime, il se met à chialer parce qu'il ment sur son amour des blagues de pets ! Et une fois qu'il s'est ouvert à l'humoriste gras (qui meurt deux minutes après de la manière la plus stupide possible), c'est pas gagné, il devient pas super cool, il arrive toujours pas à communiquer avec le boss de la boîte ou la jeune blonde mutique (là où Scrooge, après avoir trouvé la source de son introvertion, devient le type le plus sympa). Aussi, on a l'impression que Louie se met vraiment à profiter du moment Guerre Civile seulement une fois qu'il est rentré et qu'il invente son histoire d'ancêtre pour Jane. Dans la séquence où il danse, il est abasourdi mais il reste crispé, et il n'y a qu'à la toute fin de l'épisode qu'il arrive à sortir de lui-même, à accéder à la dimension mythique du jeu. Mais je trouve qu'on parle beaucoup de la seconde partie, et pas de la première. Est-ce parce qu'au bout du compte elle est superflue ? 
 
Dylanesque : Putain j'avais complètement oublié l'épisode dont tu parles. Il faut vraiment que je remates la première saison de Louie. Mais bon, tant que ça confirmes ce que je dit, tant mieux, ça a du bon parfois d'avancer des théories un peu au hasard ! Et je trouve pas la première partie superflue. Les deux racontent un peu la même chose avec la même structure : l'arrivée dans une ville du Midwest, une relation compliqué avec un local (le chauffeur puis le comédien) et un entracte touchant au milieu (l'aventure dans l'aéroport puis le marché aux puces). Mais les deux variations se valent à mon sens et l'une ne rend pas l'autre ennuyeuse ou trop redondante. Et même si c'était le cas, c'est aussi ça la route, surtout pour un comédien qui doit souvent faire les mêmes trajets : la routine, un schéma qui se reproduit sans surprises. Et c'est en se confrontant aux autres plutôt que d'être un simple spectateur passif que Louie va d'ailleurs briser l'ennui et ressentir à nouveau quelque chose sur la route. 
 
Que ça se termine avec de la mort et de l'indifférence, c'est normal oui. Je disais qu'un voyage était une mini-existence, et c'est toujours dans la mort et l'indifférence que tout se termine, non ? J'espère juste que ce n'est pas la fin d'une série que je retrouve chaque année avec la même curiosité. Même quand elle surprend moins, elle nous fait pas mal parler, rire, réfléchir et ressentir. Des envies particulières pour une potentielle sixième saison ?
 
Gibet : Je suis assez d'accord avec toi mais en même temps je me dis que la deuxième partie est suffisamment dense pour rendre la première partie caduque. Quand j'ai vu l'une puis l'autre j'ai trouvé les deux super, mais en y repensant, la première ne dit rien que ne dise pas la deuxième, et la deuxième excède la première avec ses dénouements (la mort abrupte / l'histoire à Jane). Donc je sais pas si en revoyant la première partie je la trouverais un peu faible.

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Je crois avoir lu que Louis CK voulait faire sept ou huit saisons. La seule envie que j'aie pour la suite, c'est qu'il ne se force pas à écrire. Alors si ça s'arrête là, tant pis et tant mieux. Si par contre il a encore de l'appétit pour sa série, qu'il se sent encore d'expérimenter des trucs et de montrer la complexité du réel, go. Il tire un chouia sur la corde avec cette cinquième saison ; même si elle est très courte, j'ai le sentiment qu'on aurait pu se passer de deux ou trois épisodes en condensant leurs bonnes séquences en un épisode. J'ai un fantasme télévisuel que je n'ai jamais vu se réaliser : quand une série vieillit, j'ai toujours envie qu'elle défonce son status quo, mais vraiment vraiment. Qu'elle change brutalement de ton, de sujet, de forme. En tout cas je sais que c'est ce que je ferais si j'étais dans cette situation.  Louis CK a le potentiel pour faire ça, il a déjà un peu essayé - pas aussi brutalement que je l'imagine mais est-ce seulement possible au sein de la structure télévisuelle qui se doit quand même plus ou moins d'assurer un produit stable ? - et je pense que le salut est dans cette voie.  

18:26 Publié dans Louie | Lien permanent | Commentaires (0)

21/06/2015

Cheers S04E09 à S04E26

La dernière fois, je reprochais à cette quatrième saison d’être un peu faiblarde, paresseuse et maladroite. Maintenant que je l’ai terminé, j’affirme toujours que c’est la moins réussie. Mais je reconnais également qu’elle a su me convaincre le temps de quelques épisodes. En voilà une sélection…

S04E15 The Triangle

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Comme son nom l’indique, l’épisode est consacré à un triangle amoureux, celui formé par Sam, Diane et Frasier. Et dans le genre poncif du genre, le triangle amoureux se pose là. La scénariste Susan Seeger (dont c’est le seul crédit dans toute la série) s’amuse donc à tourner en dérision une situation qui dure déjà depuis longtemps. Son script est simple : pour que le psychiatre puisse aller de l’avant, Diane encourage Sam à lui faire croire qu’il est encore amoureux d’elle et bien entendu, de vrais sentiments et de bons gros quiproquos vont s’en mêler dans un huis-clos très théâtral qui, même si on a déjà l’impression de l’avoir vu mille fois, bénéficie ici d’un Kelsey Grammer en grande forme. Le Frasier alcoolique est étrangement un Frasier qui me plaît bien, peut-être car il me permet de voir une autre facette d’un personnage que j’ai déjà pu voir dans milles situations avec son spin-off. Et si le jeu chat et souris de Sam et Diane devient parfois bien relou cette saison, « The Triangle » est une variation plutôt réussie autour du couple phare.

À noter : James Burrows sera nominé aux Emmy Awards pour son travail dans « The Triangle ». À une exception près, c’est lui qui a réalisé chaque épisode de la série pour le moment et j’en profite pour saluer son indéniable talent. 

S04E16 Cliffie’s Big Score

Diane: Sam, look at all the people who've fallen hopelessly in love with me with only the slightest encouragement: you, Frasier...

Sam: Yourself.

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J’avoue avoir un faible pour les épisodes centrés sur Cliff. D’abord parce qu’ils sont rares (seulement un par saison en général) et aussi parce que c’est l’occasion d’exploiter tout le pathos du personnage plutôt que de le voir être l’éternel bouc émissaire de Cheers. C’est bien de se moquer mais c’est bien parfois aussi de compatir avec le facteur maladroit. Ce qui est chouette avec cet épisode, c’est qu’il permet aussi une combinaison plutôt inédite de personnages car Diane accepte d’accompagner Cliff au bal annuel des PTT. Cheers ne saisit pas assez souvent l’occasion de varier ses duos et c’est toujours excitant de voir ce que ça peut donner. Ici, on s’en doute, la soirée se termine dans la maladresse et l’humiliation mais ça reste mignon comme tout. En plus, sortir un peu du bar ne fait pas de mal. Les petites victoires de Cliff sont toujours de bons moments et quand il finit par échouer, c’est aussi drôle que touchant.

S04E17 Second Time Around

Candi: Anyone ever tell you you've got a cute forehead?

Frasier : Frankly no, but I've been told I have acute anxiety.

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Je réalise que cette poignée d’épisodes réussies coïncident avec le retour de Frasier qui fut absent d’une bonne partie de la saison et dont le retour fait beaucoup de bien à la série. Le voilà accompagné ici d’une collègue que l’on connaît bien mais que les téléspectateurs de 1986 découvrent pour la première fois à l’écran : le docteur Lilith Sternin ! Lors d’une scène mémorable, Bebe Neuwirth fait une forte impression et on comprend aisément pourquoi elle sera de retour dans Cheers et son spin-off. Mais « Second Time Around » ne lui est pas consacrée : on y suit un Frasier en pleine dépression qui tombe amoureux de Candi, une jeune femme pas très futée qu’il se met en tête d’épouser. L’occasion pour Kelsey Grammer de s’en donner à cœur joie et, un peu comme avec « The Triangle », de raviver notre intérêt pour Sam et Diane lors de dialogues aussi savoureux que par le passé. 

S04E19 Dark Imaginings

Carla: Sam Malone never ages. It's one of life's great truths. Let me tell you something Sammy, when you're 87 you'll still be a hunk to me. Of course I'll be senile and blind.
Sam: And pregnant.
Carla: Yeah, probably.

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C’est quand même bien plus intéressant quand Sam arrête deux secondes d’être l’alpha male primaire pour se montrer un peu vulnérable. « Endless Slumper » avait exploré son traumatisme d’ancien athlète vieillissant et reste l’un de mes épisodes favoris. « Dark Imaginings » est loin d’être aussi réussi mais en se penchant sur les fêlures d’un Sam qui n’est plus aussi jeune qu’il aimerait le croire, le script de David Angell permet à Ted Danson de livrer une prestation plus nuancée que d’habitude. L’amitié qui lie Sam à Diane est utilisé pas seulement pour tirer sur la corde du « will they won’t they » mais tout simplement pour nous offrir un peu de tendresse et de respect mutuel. Et la dernière image d’un Sam pensif qui regarde la pluie tomber à travers la fenêtre de sa chambre d’hôpital est aussi cliché qu’efficace. Ca faisait longtemps que Cheers n’avait pas arrêté les rires du public l’espace d’un moment d’émotion mérité. De toute façon, pour rigoler, il y a l’intrigue secondaire où Frasier devient le psychiatre de Cliff. Encore un duo rare mais gagnant !

S04E24-S04E26 Strange Bedfellows

Sam: Carla, has it ever occurred to you that Diane doesn't really belong here?
Carla: You mean this bar or this planet?

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Comme je le disais la dernière fois, la plus grande victime de la disparition de Coach, c’est Diane. La quatrième saison aura bien malmené le personnage qui se retrouve très isolée et ne semble pas toujours à sa place dans l’univers de Cheers. Frasier lui en veut, Carla la déteste et Sam lui propose un amour vache. Seul ce brave Woody semble avoir une réel affection pour elle (un Woody qui finit enfin par me convaincre en cette fin de saison bien qu’il soit toujours dans l’ombre de son prédécesseur). Le côté snobinard de la serveuse la place donc bien souvent en opposition à ses amis et si ça peut être drôle avec un peu d’autodérision mais, sur le long terme, il devient difficile de croire que Diane a des raisons de rester ici (ce fut d’ailleurs le sujet de l’épisode à moitié réussi « Diane Chambers Day »).

Avec un nouveau triangle amoureux sous fond de politique locale (et la présence de Kate Mulgrew, que je fus heureux de retrouver juste après avoir dévoré la troisième saison d’Orange is The New Black), David Angell nous propose un season finale en trois parties qui a la lourde tâche d’aborder la place de Diane dans la série et de faire avancer sa relation avec Sam. Elle est loin l’époque où les sitcoms pouvaient se permettre des épisodes en trois parties et, bien que « Strange Bedfellows » souffre de quelques longueurs et d’une direction très prévisible, il tient quand même la route sur la longueur grâce à une bonne exploitation du casting, à du théâtre vaudeville délicieusement ringard (Diane qui surprend des conversations alors qu’elle se cache dans des endroits improbables !) et une répartition plutôt intelligente des différentes étapes de la relation entre Sam et Janet, la politicienne. Avec juste une demi-heure, il aurait été plus difficile de croire à ce couple forcément maudit et ainsi, le personnage de Mulgrew n’est pas juste une accessoire à une réunion Sam-Diane, il a le temps de prendre un peu d’épaisseur.

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Ce qui me pose plus problème, c’est de voir pour la quatrième fois Diane quitter Cheers avant d’y revenir. Ce rebondissement a une lourde impression de déjà-vu (aussi drôle que soit l’adieu boursouflée de Diane à ses clients) et on se doute que ce sera rebelote la saison prochaine. Shelley Long ayant déjà annoncé à l’époque son intention de partir à la fin de son contrat, les scénaristes auraient pu imaginer quelque chose de différent. Quand au cliffangher de Sam qui demande en mariage soit Janet soit Diane au téléphone sans qu’on sache de qui il s’agit (même si tout le monde s’en doute), c’est pas non plus très inspiré. Durant l’été 86, les téléspectateurs pouvaient voter pour leur prétendante favorite et on se doute que le choix fut rapide. Moi, je voterais bien pour que, durant une cinquième saison qui sera sa dernière, Diane redevienne le personnage que j’ai tant aimé et que les scénaristes arrêtent de la réduire à une girouette qui fait du mal aux hommes, elle mérite bien mieux que ça.

Un final qui est donc à l’image de la quatrième saison : inégale mais ne manquant pas de charmes. Plein de potentiel qui ne demande qu’à être mieux exploité.   

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10/06/2015

Louie S05E01 à S05E04

Avec l’ami Gibet, on vous propose de revisiter la cinquième saison de Louie. Elle était plus courte et elle a moins fait parler d’elle que la précédente. Est-ce pour autant qu’elle était moins réussie ? On va tâcher d’en discuter, épisode par épisode.

S05E01 Pot Luck

En pleine crise existentialiste, Louie essaye de sociabiliser lors d’une soirée entre parents d’élèves. Mais, par erreur, il se retrouve au milieu d’une secte en pleine cérémonie…

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Dylanesque : On a pas mal reproché à Louis CK de s’être égaré avec sa quatrième saison : des arcs trop ambitieux, des exercices de style plus sérieux mais pas très drôles et, surtout, une scène bien gênante de baiser forcée. Quand je dis « on », je parle des critiques en général parce que moi perso, je n’avais quasiment aucun reproches à faire à la série si ce n’est cette scène clairement maladroite qui avait un peu sabordé mon enthousiasme pour le couple formé par Louie et Pamela. Un peu agacé par les critiques, le comédien avait alors annoncé que la suite sera plus resserrée et plus légère.

« Oh my god, i’m a boring asshole now ! » dit-il à son psychiatre dans ce season premiere qui abandonne la crise d’existentialisme, de nostalgie et d’amour pour placer Louie dans une succession de situations embarrassantes : une erreur d’appartement qui le conduit au cœur d’une étrange cérémonie, une partie de jambes en l’air avec une femme enceinte qui perd les eaux en plein coït… Si Louie a peur d’être devenu chiant, le New York dans lequel il évolue est toujours aussi vivant et plein de personnages hauts en couleurs. C’est d’ailleurs le contraste entre sa mine défaite et l’énergie qui l’entoure qui entraîne souvent le rire dans « Pot Luck », le voir être spectateur passif d’un monde qu’il s’efforce à explorer pour ne pas trop déprimer. Et même si on a clairement ici un retour à une forme plus classique et plus ouvertement comique, le spleen est toujours en toile de fond et le moment où Louie observe des musiciens de rue est drôlement touchant : il aimerait être plus enthousiaste mais ne sait pas comment faire. Et si on est pas au niveau d’une Lena Dunham qui ne peut s’empêcher de répondre aux critiques à chaque scène de Girls, on peut tout de même voir une sorte d’auto-commentaire face à un Louie plein de bonnes intentions mais qui est la victime de malentendus et qui endort son psy en lui parlant trop ouvertement de ses problèmes.

Tu l’as senti cette auto-dérision ? Est-ce qu’on a affaire ici à un nouveau départ, à un retour aux sources ou, plus simplement, à une continuité ?

Gibet : Pour ce qui est de la scène si fatidique du baiser forcée, je suis pas sûr de la trouver maladroite. Ce serait une maladresse à quel niveau ? Scénaristique ? La relation Louie-Pamela, c'est des viols en permanence. C'est souvent moins littéral que ça, mais ces deux-là n'arrêtent pas de se forcer à faire des trucs qu'ils n'ont pas envie, de prendre plaisir à s'humilier de toutes les manières imaginables. Il y a une séquence un peu après ou un peu avant dans la saison 4 où Pamela jette absolument tout ce qu'il y a chez Louie sans le consulter puis le clashe à fond quand il se plaint. C'est pas beaucoup moins violent. Qu'il y ait un viol concret à un moment de leur relation, ça ne dénote pas, c'est dans la continuité du reste. Si on veut chouiner, c'est toute la relation qu'il faudrait dénoncer, et les deux sont autant coupables et autant victimes. En plus, juste avant, il y a un autre viol, avec la meuf d'Europe de l'Est que Louie contraint à la baise. De ça ne découle pas une idylle mais un gros gros malaise, et on saura jamais vraiment de quoi il retourne. Face à son européenne mutique, Louie ne pige rien, on lit dans ses yeux "elle est tarée cette meuf !!!" (pour ne pas dire "elles sont tarées ces meufs !!!") et il n'envisage pas comme possibilité que ce qui a brisé l'alchimie c'est la baise contrainte. Rien ne dit d'ailleurs qu'il sait qu'il a contraint - la fin efface les moyens, puisqu'il y a eu sexe pense-t-il c'est que de toute manière elle n'était pas contre. Louie n'apprend rien, et le malaise consécutif à la baise contrainte n'empêche pas Louie de recommencer quelques épisodes plus tard.

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Qu'est-ce qu'il y a de mal là-dedans, en terme d'écriture ? C'est extrêmement juste, au plus proche du réel, impure et inconfortable comme la vraie vie. La maladresse serait morale alors ? Louis CK et Pamela Adlon en interview repoussent le terme de viol, expliquent qu'ils ont essayé de faire une scène marrante. C'est dix fois plus intéressant comme attitude que n'importe quelle ligne indignée sur la séquence. On a envie d'en savoir plus, de revoir la séquence en la prenant sous un angle burlesque. Bien sûr que le consentement c'est crucial, mais quel est le rapport ? Louie c'est pas un spot de prévention, un manuel de savoir-vivre, c'est une série, et une série qui a la qualité exceptionnelle d'être amorale. Où est-il écrit que l'art doit être responsable ? Il y a probablement des trucs à redire sur la saison 4 - j'en garde un sentiment d'inachèvement, avec notamment ce long Elevator qui est beaucoup plus excitant dans ses premiers épisodes que dans ses derniers, la sauce monte et puis pouf pas grand-chose (je me demande si c'était pas fait exprès ? il faudrait tout revoir) - mais le procès pour viol est nullissime.  

Maintenant, "Pot Luck". Le "Oh my god, i'm a boring asshole now !", je l'ai pas reçu comme une réponse aux critiques, plutôt comme une adresse de Louis CK à lui-même, lassé de sa propre mélancolie. Allez, on arrête de geindre, et on écrit une petite saison bien fun. C'est même pas vraiment une rupture par rapport à la saison précédente. Il me semble que la série a toujours été aléatoire et imprévisible, dans son ton et dans sa manière d'aborder le récit. Il y avait des arcs dans la saison 4, mais pas que. Il y avait du sérieux dans la saison 4, mais pas du tout que. Pareil pour la série en général. Ce que Louis CK fait le plus souvent en saison 5, c'est des sortes de coq à l'âne de cause à effet, Louie va là et ça entraîne ça qui entraîne ça qui le mène là qui lui fait faire ça qui entraîne ça etc. Ce n'est pas nouveau dans la série, par exemple Model, de la saison 4 (!), était fait sur ce schéma-là. Et si on n'a plus tellement d'épisodes coupés en deux comme il y en avait jusqu'en saison 3, ça paraîtrait pas hors de propos que Louis CK se remette à en faire pour la saison 6 ou 21 (après une saison 20 très polémique en trois épisodes de deux heures où Louie par pur hasard se découvre pédophile). Y'a pas de rupture - et donc pas de retour aux sources ou de nouveau départ - puisque Louis CK continue à changer le format en fonction de ce qu'il a à y mettre. Quant à la manière dont il faut recevoir tout ça, en rire ou en pleurer, c'est toujours à chacun qu'il revient de décider. Tu vois du spleen, moi je vois de l'étonnement face au réel. Chacun fait sa petite sauce. 

Ce qui m'a le plus amusé dans cet épisode - je me souviens pas de la scène de rue dont tu parles - c'est que quelque part Louis CK donne raison aux gens de la secte du mauvais appartement. Tous les inconnus de la cérémonie sont doux et cordiaux alors que celle qui l'a réellement invitée est super agressive. Quand c'est à son tour de parler dans la cérémonie, Louie peut dire un truc idiot, c'est reçu avec bienveillance. Quand il arrive chez son hôtesse, il se fait engueuler, et se serait fait engueuler quels que soient ses paroles et ses actes. Si on ouvre la brèche, ça dit quelques trucs assez inédits sur les rites, aussi bidons soient-ils. Je retiens aussi le poulet, d'abord cuisiné par Louie, puis acheté à KFC en substitut. C'est certainement une mauvaise raison d'aimer Louie mais j'aime la façon qu'a Louis CK de filmer la bouffe et surtout la jouissance de la bouffe. Quand je mange un truc tellement bon que c'est comme un orgasme, je repense systématiquement à la séquence de la saison 1 où Louie gobant de la glace s'exclame AAAAAH BABIES WITH AIDS I WANNA SHIT RIGHT IN MY OWN FACE. Il a trouvé l'expression parfaite de l'orgasme alimentaire. 

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Si je devais formuler une petite réserve, et c'est une réserve qui m'est revenue plusieurs fois au long de la saison 5, c'est que certains accidents sont tellement typiques de la série qu'on ne les reçoit plus dans toute leur puissance. Le coup de la femme enceinte shootée aux hormones qui déballe son fardeau de femme enceinte puis se met à sangloter puis réconfortée par les compliments de Louie lui demande de baiser à fond puis ça lui fait perdre les eaux j'ai l'impression que, même si c'est très bien joué, filmé, écrit, on a "déjà vu". Si c'était le premier épisode de Louie, je suis sûr que j'aurais fait WHAAAAAAAAAT mais là c'est atténué par plein de scènes pas identiques mais légèrement semblables. Ca ne veut pas forcément dire que Louis CK se répète, simplement que son rapport au monde est devenu familier. C'est dommage, mais inévitable, quand une série télé dure. 

Dylanesque : J’ai pas eu beaucoup d’orgasmes alimentaires dans ma vie, faudra que tu me cuisines un truc à l’occasion. Et c’est ma morale, très facilement influencée, qui a joué dans mon rapport avec le traitement du couple Louie/Pamela. La fameuse scène fut considéré comme un viol par la plupart des critiques et c’est tellement un gros mot que ça laisse pas beaucoup de manœuvre pour interpréter ce moment différemment, pour y voir l’humour dont parle CK et Adlon dans leur interview. Sauf quand on a un esprit critique et une rhétorique aussi affutée que toi. Oui, l’art n’a pas vocation d’être responsable, c’est ton avis, c’est le mien. C’est pas celui de tout le monde et moi, quand je sais pas quoi penser d’un truc, ça me fait peur alors je vais facilement me ranger dans l’avis général. Je suis content de pas avoir été allemand dans les années 30. Et puis il faut pas oublier la scène du bain qui concluait la saison précédente, un mélange d’humiliation et de tendresse assez caractéristique de leur relation à ces deux-là. D’ailleurs, passons à l’épisode suivant, qui nous les remet sur le devant de la scène.

***

S05E02 A La Carte

Un jeune comédien pas franchement drôle demande conseil à Louie. Au restaurant, Pamela expose à Louie sa vision d'une relation amoureuse "à la carte". 

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Dylanesque : En parlant de formule familière, on revient ici à celle que l’on commence à bien connaître mais qui permet toujours à Louie de nous surprendre : trois vignettes indépendantes. La première nous parle de caca, la seconde de comédie et la dernière d’amour. Tu veux commencer par quoi ?

Gibet : Je pense pas pouvoir te procurer d'orgasme alimentaire, c'est très personnel - moi ça me le fait notamment avec les donuts au speculoos du Lézard Vert (22 Rue Lenepveu 49 000 ANGERS), le beurre de cacahuètes onctueux, le saucisson de qualité (celui au canard vendu par lot de trois pour 10€ dans les marchés de Noël) ou les makis de Carrefour Barentin quand ils sont distribués gratuitement en échantillon (c'est que dans ce cas-là ils sont frais, tout juste préparés, contrairement à ceux que tu peux acheter au même endroit) - mais c'est pas dit que ça te le fasse avec ces aliments-là, il faut que tu trouves par toi-même ta voie vers l'orgasme alimentaire. Par contre si tu veux je peux te sucer. 

Et je rebondis là-dessus plus que pour la blague car il y a un plan dans A La Carte (pour ce zode je n'ai pas eu sentiment de déjà vu) qui lie directement sexe et bouffe, celui fantasmatique sur les seins qu'on saupoudre de parmesan. Là, clairement, y'a plus de distinction entre les jouissances du corps, on sait plus ce qui est premier, la bouffe, le sexe, est-ce que Louie désire le sexe car c'est aussi bon que la bouffe, ou l'inverse ? Ce qui est bon aussi dans ce dialogue au restaurant, c'est que Louis CK est fort pour traquer les limites du garçon moyen moderne (je m'inclus dans cette catégorie). C'est un peu impressionnant et beaucoup rafraîchissant, sa lucidité et son honnêteté. Y'avait déjà ça dans l'épisode de la Fat Lady, "You know what’s funny? I flirt with guys all the time. And I mean, the great looking ones, like the really high caliber studs? They flirt right back. No problem. Because they know their status will never be questioned. But guys like you never flirt with me because you get scared that maybe you should be with a girl like me." Dans A La Carte, Louie il a grave envie de jouir, de ce qu'il veut et quand il veut, mais en même temps il veut imposer un cadre dans lequel il pourra pas faire ça, alors que rien ne l'y oblige. Objectivement c'est absurde, mais en pratique on voit ça très souvent.

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J'aime que ce soit suffisamment ample pour qu'on puisse ne pas être d'accord. Bien sûr Pamela a raison de Louie, mais on comprend la position de Louie et si un "pro-couple" voit ça, il pourra dire que Pamela le maltraite ; bien sûr la Fat Lady a raison de Louie, mais on comprend la maladresse de Louie et on a tout à fait le droit de trouver la Fat Lady relou sur les bords. On peut trouver Louie faiblard de céder sa main à cette meuf qui vient de lui gueuler dessus, ou sympa de réparer l'humiliation qu'il a causé. En bref, Louis CK n'est complaisant envers personne, ni positivement (par l'auto-glorification), ni négativement (par l'auto-humiliation). Je crois qu'il obtient ce résultat en ne se donnant jamais le dernier mot et plus généralement en ne donnant pas de dernier mot. Dans Louie on ne court pas vers une résolution, vers une nouvelle unité - comme pouvait le faire caricaturalement les voix-off conclusives de Desperate Housewives - on va plutôt vers une confusion. Typiquement, au sortir d'un épisode de Louie, on est plus souvent en train de se demander ce qu'on a vu, que de se dire "ah ! c'est bien vrai ce qu'il nous dit là !". Pamela se fout de la gueule de Louie, il finit par accepter la relation "à la carte", mais est-ce que c'est satisfaisant ? Est-ce qu'ils sont d'accord au fond ? Est-ce que Louie a appris quelque chose ou il a juste dit oui pour être tranquille ? 

On saura jamais alors je passe à un truc un peu plus palpable : la séquence d'intro sur le caca ! C'est un des moments les plus drôles de la série je crois. J'aime beaucoup dans Louie ce procédé récurrent (mais pas systématique) qui consiste à mettre en scène l'imaginaire sans le dire. Je m'explique : mettons que dans Scrubs, JD ait été dans la même situation - on aurait eu un flash fantasme où on l'aurait vu par exemple dans une parodie de film de guerre en mode "laissez-moi ici les gars je suis un poids, tu prendras soin de ma femme Turk ? je dois faire cacaaaa argl" et hop on serait retourné à la réalité où JD a très envie de faire caca mais est à la caisse du supermarché. Y'a jamais ça dans Louie. Quand les poubelliers, au début de la saison 4, débarquent dans la chambre de Louie et défonçent tout, ça n'est pas réaliste, ça n'est pas probable - ça met directement en image quelque chose comme le sentiment d'agression ressenti quand le camion poubelle te réveille le matin. La part entre le réel et l'imaginaire n'est jamais délimitée et c'est ça en grande partie qui fait la saveur de l'univers de la série (on en reparlera sûrement avec l'épisode des cauchemars, qui s'amuse beaucoup avec l'étrangeté habituelle de la série pour nous perdre). C'est une façon assez inédite de mettre en scène une subjectivité à l'écran, et ça marche super pour cette séquence héroïque et grotesque de course contre le sphincter.   

Dylanesque : On est bien d’accord : la scène d’intro est à mourir de rire. J’ai beau avoir vu Broad City et IASIP cette année, je me suis quand même payé mon plus gros fou rire depuis début 2015. Et on ne le dira jamais assez : Hadley Delany et Ursula Parker, les deux gamines, sont excellentes. Plus elles grandissent, plus leur jeu est nuancée et plus elles illuminent chacun des scènes où elles apparaissent. Dans le genre casting d’enfants, c’est un petit miracle qui ne cesse de surprendre. Je serais d’ailleurs curieux de savoir comment les véritables gamines de Louis C.K. abordent cette représentation à l’écran.

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La relation « à la carte » proposée par Pamela est, à mon sens et objectivement parlant, une très bonne idée. Surtout pour deux personnes qui arrivent à un certain âge et qui ont un rapport aussi complexe et parfois malsain. Mais c’est pas parce que je trouve que c’est une bonne idée, très mature, que je suis capable de l’accepter. L’image d’un couple plus traditionnel continue de me faire bander même si je n’y crois pas vraiment. L’envie de revenir sans arrêt auprès d’une femme que l’on aime malgré la torture qu’elle peut nous faire subir, je le comprends tellement que ça ce dialogue a résonné aussi juste pour moi que celui de l’épisode « Subway/Pamela » avec la déclaration d’amour de Louie au marché aux puces. Alors le fait qu’il finit par accepter ce que lui expose Pamela même si en vrai, c’est un compromis, c’est terriblement juste. Et comme tu le décris très bien, c’est une nouvelle façon pour lui de donner la parole à tout le monde et de ne donner raison à personne. C’est une démarche pleine d’empathie tant il est rare de voir un auteur blanc de presque 50 balais capable de projeter des émotions sur à peu près n’importe qui. C’est aussi ça qui rend ce jeune comédien aussi pathétique que touchant.

Dans sa relation avec Pamela, Louie n’est pas le loser qui n’a pas confiance à lui à la Ted Mosby qui finira par trouver son âme sœur malgré tout, quitte à forcer la main au destin. Louie, c’est plutôt le mec qui n’a pas confiance en lui et s’accroche à n’importe quelle illusion parce qu’il sait bien au fond de lui que son âme sœur n’existe que dans son cœur, que le réel est bien complexe et imprévisible et que le destin, c’est n’importe quoi. Elle représente un peu ça Pamela d’après moi, avec son franc-parler et sa lucidité permanente (limite étouffante parfois mais qui fait du bien à se prendre dans la gueule) : une remise en question permanente du romantisme et de toute forme d’acquis. Elle-même ne sait pas toujours ce qu’elle veut, elle-même est parfois tenté par ce que Louie peut lui offrir de plus classique. Mais toujours, elle finit par renvoyer à Louie non pas ce qu’il veut mais ce dont il a peut-être besoin : du recul, de la dérision, du piment. Et même si j’avais la mine aussi défaite que Louie en l’écoutant, j’apprécie avec le recul l’espoir qu’il y a derrière sa proposition, sa propre illusion : celle de croire qu’on peut imaginer de nouvelles formes de relations, que la vie n’est pas un éternel recommencement à subir mollement.

Mention spéciale pour le travail fait sur le film « d’auteur » que Louie et Pamela vont voir au cinéma. Louie aurait pu ne pas nous montrer l’écran ou utiliser quelque chose d’existant. Il va jusqu’au bout de son délire de réalisateur en filmant sa parodie/hommage au genre avec un noir et blanc somptueux et un visage d’actrice que l’on trouvera, au choix, creux ou bouleversant. Ou les deux. Ouais, c’est comme ça qu’on savoure le mieux Louie : à la carte.

Gibet : Tout à fait d'accord sur Hadley Delany et Ursula Parker, elles sont incroyablement sexy. Euh. Talentueuses. Je voulais dire talentueuses. S'il y a bien un truc qu'on ne peut pas retirer à Louis CK c'est son petit génie du casting. Je pense aussi à David Lynch dans la trilogie du Late Show, aux guests en général qui ont toujours quelque chose à faire (jamais de coucou gratuit pour afficher une connivence), au flash-back de la saison 4 où Louie et sa femme sont joués par des jeunes beaucoup plus beaux et beaucoup plus blancs. On sent que Louis CK est disponible à toutes les surprises à l'étape du casting et de l'écriture, on est loin des annonces "cherche blonde 1m64 yeux verts dents du bonheur" - vous êtes géniale madame mais vos yeux sont bleus au revoir. Ce qui renforce la drôlerie de la séquence du caca, c'est qu'on a rarement (jamais ?) vu les filles solidaires de leur père, ça accentue par rupture de l'habitude le côté dérisoirement épique.

***

S05E03 Cop Story

Louie croise la route de Lenny, un vieux pote devenu policier. Ensemble, ils vont voir un match de basket-ball mais très vite, Louie découvre la violence de son pote. La tension monte quand il perd son arme de service… 

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Dylanesque : J’étais très inquiet de voir Michael Rapaport au générique de cet épisode, dans le rôle du flic. Il faut dire que son dernier passage sur FX était assez abominable (la cinquième saison de Justified) et que ce n’est pas, de manière générale, un acteur que je porte dans mon cœur. Heureusement, Louie CK semble avoir bien saisi les limites de jeu de son camarade et exploite juste comme il faut ses capacités. Tel un Astier qui parvient à sublimer un Christian Clavier ou un Manu Payet, nous voilà donc avec un épisode qui repose en partie sur la performance d’un Rapaport dans un rôle qui lui va très bien.

J’avais peur aussi en lisant en amont le pitch de « Cop Story ». Le coup du vieil ami de Louie qui lui en veut d’avoir eu du succès alors que lui est devenu dépressif, c’était déjà le sujet d’un épisode de la deuxième saison, « Eddie », et il était tellement réussi que je craignais la redite en moins bien. Au lieu de ça, on a plutôt une variation sur une thématique que Louie aime bien explorer : comment s’accommoder des obligations sociales et établir une connexion avec quelqu’un de fondamentalement différent ? L’obligation sociale ici, c’est  donc le colérique, violent et brutal Lenny. Et lors d’une longue ballade où l’on peut observer deux acteurs jouer vachement bien ensemble, on observe leur relation évoluer vers une résolution très émouvante. Tout ça grâce ou à cause de la perte d’un flingue dans les rues de New York.

Un peu à la manière du cold open – sur lequel on pourra revenir si tu veux – où Louie réalise qu’il est peut-être un vieux con face à la vendeuse de casseroles, on le voit ouvrir traverser plusieurs étapes dans sa relation à Lenny, à cet autre difficile à aimer mais pour lequel il finit, comme nous, à ressentir de l’empathie. Tu parlais d’étonnement face au réel, je dirais même qu’avec cette saison, c’est de la curiosité. Louie s’y retrouve sans cesse confronté à des personnes à qui il n’est pas obligé de parler ou de s’ouvrir émotionnellement mais il finit presque toujours par y saisir une opportunité de grandir. Lenny ici, plus tard ce sera un chauffeur, un comédien relou ou bien son propre frangin. Et Pamela aussi finalement c’est l’occasion pour lui

J’ai aimé comment cet épisode nous parle de dépression, du moment où tu finis tellement par te détester que tout le monde finit par te détester et que tu ne peux plus revenir en arrière –et on peut d’ailleurs s’imaginer, puisqu’il viennent du même milieu, que Louie se dit « Lenny, ça pourrait être moi ».  J’ai aimé cette nouvelle ballade dans les rues de New York que Louie filme aussi bien la nuit que le jour. Et j’ai traversé moi aussi un tas d’émotions face à un duo CK/Rapaport très touchant.

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Gibet : Tu as cité Broad City alors j'en profite pour digresser : tu trouves pas que Broad City c'est la petite sœur de Louie ? Il y a un certain nombre de gags, de situations, d'irruptions gratuites qui sont dans l'une et pourraient être dans l'autre (et inversement). Dans le cold-open de Cop Story, il y a ce moment où Louie embrasse une tête de mannequin en plastique (ça a l'air improvisé et ça n'a absolument aucun sens) - ça pourrait être dans Broad City. Bien sûr, l'humeur n'est pas du tout la même, Broad City n'a pas la moindre part de mélancolie, les héroïnes ont la flexibilité et la vivacité de la jeunesse, mais il y a ce goût pour l'aléatoire, cette grande attention aux réalités du corps, cette impression qu'au fond rien n'est grave. Ça doit être New York qui parle à travers eux. Je suis en train de rêver d'un spin-off. Une scène de sexe entre Ilana et Louie. Imagine. 

Pour ce qui est de Michael Rapaport, je n'ai de souvenir précis de lui que dans - attention, tiens-toi prêt - La Guerre à la maison, diffusé sur M6 quand j'étais au lycée. Je me souviens très bien de sa tronche et de son cabotinage faciale car la VF était très mauvaise et ça faisait un résultat très étrange, un énorme décalage entre son implication visuelle et l'implication du doubleur. Donc Michael Rapaport dans ma tête = gros lourdaud cabotin. La réussite de l'épisode c'est de nous le rendre sympathique en allant à fond dans cette voie, alors que le plus simple aurait été de lui faire jouer complètement autre chose, un truc peut-être plus subtil, plus immédiatement aimable. Voilà, Michael Rapaport, c'est un crétin, c'est un gros con, mais regardez comme tout crétin gros con qu'il est, il est infiniment humain. J'aime le côté grand huit de l'empathie dans cet épisode. On a déjà vu plein de trucs avec des personnages incroyablement relous mais au fond terriblement attachants, à commencer par The Office, mais ça avait plusieurs épisodes plusieurs saisons pour se déployer. Dans Cop Story, on nous fait ressentir toute la palette en 20 minutes, et avec Louie on s'y perd.

Le cold-open montre bien ce qu'on disait sur la manière dont Louis CK donne la parole à tout le monde, sans faire prévaloir une parole sur l'autre. Dis-moi si je me trompe mais il y a un grand nombre de confrontations avec les jeunes dans cette saison 5 non ? Je veux dire, plus que dans les autres. On a l'humoriste nul de l'épisode précédent, cette séquence, les nombreuses séquences où sa fille aînée est beaucoup plus maline que lui (la scène où ils parlent de Orange Mécanique, celle où ils sortent du théâtre), l'épisode avec la pyjama party, la vendeuse de cinnabuns dans l'avant-dernier, la blonde qui l'accueille dans le dernier épisode, et j'en oublie sûrement. Et Louie ne gagne jamais. Sur la page Facebook de la série, pour introduire l'épisode où Louie engueule sa fille à la sortie du théâtre, ils avaient mis ça. Le CM de FX est un peu passé à côté de la scène, car ça donne l'impression que cette phrase est une assertion finale, alors que c'est le point de départ de la dispute, qui sera annihilé à la fin de la séquence. Et c'est amusant de voir que la dispute continue entre les spectateurs dans les commentaires. Bref, ce désir de se montrer dépassé par la jeunesse, c'est une raison de plus pour faire un spin-off avec Broad City. Pleaaaaaase.

***

S05E04 Bobby's House

En passant un moment en compagnie de son frère Bobby, Louie réalise que ce dernier est plutôt malheureux. Plus tard, il se fait agresser par une femme dans la rue, ce qui provoque l'hilarité de ses filles. Pamela lui propose alors de maquiller ses blessures...

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Gibet : "Bobby's House", c'est l'épisode de la saison où on sent le plus ce sentiment de déjà vu dont je parlais plus haut. Y'a un rythme de sitcom plus classique qui se met en place à force dans cette saison jusqu'à l'épisode 6 inclus, un status quo avec un cast fixe qui fait grosso modo à chaque fois la même chose - le gros frère qui fait des bêtises (se tromper d'enterrement ! oups !), Pamela qui "porte la culotte", les deux filles qui humilient Louie en étant clever pour l'une et quirky pour l'autre - une certaine inconséquence d'un épisode à l'autre (mis à part la relation avec Pam qui évolue un peu) et des variations qui ne seraient que de forme. Ce qui est à la fois bien - parce qu'on se frotte les mains d'avance (dès qu'une scène s'ouvre sur Louie et ses filles par ex on sait ce qu'on va voir et on est contents) - et pas tellement bien - car on regarde pas Louie pour être à l'aise.

Cette séquence de maquillage qui vire au jeu de rôles, en particulier, c'est du déjà vu et, pire, du déjà vu mais refait en moins bien. C'est évident que dans la relation Pam-Louie, c'est Pamela qui détient la virilité. La série nous le montre à chaque fois qu'on les voit ensemble, et même que d'habitude c'est en arrière-plan alors qu'en avant-plan autre chose se joue. Là il n'y a que ça, et c'est surexplicité. C'est beaucoup trop conscient et beaucoup trop volontariste, la séquence n'engendre pas du tout le trouble qu'elle aurait pu engendrer. On est plus du tout dans l'expérimentation, dans l'exercice de style, car ça, ça implique qu'on essaie en supposant mais en imposant pas un résultat. Il aurait fallu faire ça beaucoup plus tôt, ou jamais. C'est triste qu'au fur et à mesure les séries - et je vois pas d'exception, mis à part dans les séries courtes - deviennent trop conscientes d'elles-mêmes, et dans les moments de paresse de lassitude de fatigue se contentent de rejouer leurs tubes.

Il y a un peu de ça aussi dans la séquence où Louie se fait taper par la fille. L'originalité c'est que l'agresseuse est une fille, sinon on a déjà vu Louie confronté à des agresseurs, notamment dans deux séquences géniales, je crois en saison 1 et 2, d'abord un jeune qui vient l'emmerder alors qu'il est dans un fast food miteux avec un date (et la meuf finit par se barrer car Louie se laisse humilier par le jeune), ensuite dans un épisode d'Halloween où des gars profitent de la fête pour terroriser et agresser les gens. Toujours c'était l'occasion de filmer l'hésitation face à l'agression, est-ce qu'il vaut mieux que je me mette en boule comme un hérisson en attendant que ça passe (avec tous les risques que ça implique) ou est-ce que j'agis et je lui défonce sa gueule (avec tous les risques que ça implique) ? Est-ce vraiment neuf, du coup, de mettre une fille maintenant dans le rôle de l'agresseur ? Bin pas tellement. On a compris que Louie était pas viril c'est bon, on peut passer à autre chose.

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Dylanesque : Oui, je te rejoins sur l'aspect un peu convenu de l'épisode. On l'a évoqué en long et en large : Louie est une série très libre et ce que je préfère quand je lance un épisode, c'est ne pas savoir où il va nous amener et où il nous laissera, aussi bien dans la forme que dans l'émotion. Devant "Bobby's House", j'étais en terrain connu. C'est pas tous les jours que ce genre de situations arrivent à la télévision mais finalement, c'est peu original à l'échelle de Louie. Je pense pas que c'est forcément dû à la vieillesse de la série, peut-être que Louie CK est en mode "variations sur le même thème" et la virilité est justement un sujet très central dans cette saison. Mais bon, certaines variations sont plus réussies que d'autres et s'il fallait choisir un épisode un peu plus faiblard, je choisirais probablement celui-ci car, en effet, il manque de subtilité et d'un angle un peu excitant. 

Cela dit, la partie où il essaye de redonner le sourire à Bobby est charmante et la présence du frangin cette saison est une bonne surprise. Le personnage est léger et a la même fonction que Lenny et tant d'autres : permettre à Louie de se confronter à des esprits qui ne marchent pas comme le sien et de l'accepter malgré tout. Mais comme Bobby est de la famille, ça ajoute une dimension supplémentaire à cette formule éprouvée et c'est un repère assez réconfortant dans une série qui se soucie peu de la continuité. 
 
La scène avec Pamela m'a sincèrement émue parce que, mine de rien, on y voit deux personnages très vulnérables, chacun à sa façon. Un Louie qui est tiraillé entre ses efforts pour garder sa contenance face à l'humiliation et qui sait mettre de côté sa virilité par curiosité (ou juste pour plaire à Pamela, à nous de voir). Et une Pamela qui essaye avec ses gros sabots d'être tendre envers Louie, d'ouvrir ses horizons. Elle essaye de faire fonctionner une relation qui, à défaut de ne pas évoluer vers le grand amour imaginé par Louie, peut prendre des chemins de traverses intéressants. Son erreur, c'est d'aller trop loin et quand elle réalise que Louie a besoin d'une tendresse plus grande qu'elle ne pourra lui offrir, elle prend la bonne décision de rompre pour de bon. Une bonne décision à un mauvais moment, certes, mais une bonne décision quand même (surtout que, clairement, on a fait le tour de leur histoire). Les enjeux de cette scène tour à tour embarrassante, émouvante et drôle ("Jornatha" !) sont donc suffisamment complexes pour que j'y trouve mon compte et le rapport de forces entre Adlon et CK suffisamment juste pour que j'oublie un peu qu'il recycle un peu son matériel. C'était beaucoup plus puissant avec Parker Posey, beaucoup plus drôle avec Melissa Leo mais ça reste quand même intéressant à mes yeux, surtout que ça évoque la sexualité d'une manière assez rare. 
 
Et peut-être que c'est aussi un moyen pour CK d'offrir un miroir à la scène qui a fait tant causer l'an dernier et de répondre aux critiques en déconstruisant peu à peu sa virilité, en inversant les rôles. J'espère que c'est pas juste ça car j'ai vraiment pas besoin de meta dans mon Louie. Pas besoin d'une sixième saison où il répond aux accusations d’agressions sexuelles dont il fait actuellement l'objet, même avec Cosby en guest-star ! 
 

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Gibet : Oui t'as pas tort, j'ai été un peu sévère parce que j'ai parlé en premier, mais si j'avais parlé en deuxième j'aurais nuancé  à peu près pareil. Je me rappelle qu'il y a un épisode où une meuf contraint Louie à lui faire un cuni (saison 2 ?), et aussi que quand il va chez le mannequin blond au début de la saison précédente il a pas très envie de coucher mais elle insiste insiste insiste jusqu'à ce qu'il cède. Autrement dit, le viol de l'année dernière était vraiment un viol parmi d'autres, et l'originalité de la séquence maquillage-jeu sexuel ce serait seulement l'inversion des genres, et c'est franchement un peu court à mes yeux. Cet épisode un peu faible est quand même forcément un peu dû à la vieillesse de la série : si Louis CK avait fait le même en saison 1, on aurait trouvé ça superbe. Comme je disais au début, on s'habitue à son rapport au monde et ça nous frappe moins. Mais il est en partie responsable car il y a des épisodes de cette saison totalement inédits, ce qui prouve bien qu'il est toujours capable d'expérimenter. 
 
Dylanesque : Rendez-vous bientôt pour parler d'un cauchemar, d'une pyjama-party et d'un road-trip...

08:00 Publié dans Louie | Lien permanent | Commentaires (1)

07/06/2015

DylanesqueTV S07E08

Après deux mois consacrés presque uniquement à Cheers et Mad Men, me voilà de retour avec d’autres choses à vous dire sur d’autre séries. On vous concocte actuellement avec Gibet un bilan très complet de la cinquième saison de Louie et probablement un nouvel épisode de ma série Young Dylanesque. En attendant que l’été arrive et que je prenne le large, voyons-voir ce qui se passe sur mon écran et dans ma tête en ce moment.

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Cheers S04E01 à S04E08

Peut-être que je suis en overdose après avoir dévoré aussi rapidement la troisième saison. Peut-être que le final de celle-ci, avec sa longue dream sequence guimauve, m’a coupé l’appétit. Peut-être que, tout simplement, et ça arrive à de nombreuses sitcoms au bout d’un moment, Cheers traverse avec cette poignée d’épisodes un passage à vide. Sauf que des épisodes, il m’en reste 200 à regarder et là, j’ai presque envie de ralentir ma course. La série n’est pas devenue mauvaise soudainement, sa formule est juste moins surprenante et du coup, je commence doucement à m’ennuyer. C’est normal avec une sitcom me direz-vous mais, jusque là, les scénaristes étaient parvenus à nous offrir de belles variations sur les même thèmes en exploitant leurs personnages avec créativité. Ce que j’ai vu pour l’instant de la quatrième saison est bien plus paresseux.

Prenez le season premiere par exemple, « Birth, Death, Love and Rice » qui se débarrasse rapidement de la mort de Coach pour le remplacer à la va-vite par un Coach du pauvre. Un p’tit gars de la campagne bien gentil et doucement idiot mais sans l’once de la dimension émotionnelle que possédait son prédécesseur. Woody, le personnage incarné par un très jeune Woody Harrelson, va bien entendu – en tout cas je l’espère – devenir bien plus que ça durant le reste de son parcours dans la série mais pour l’instant, c’est un peu léger comme introduction de perso, surtout en comparaison avec celle de Frasier Crane un an plus tôt. Je m’attendais d’ailleurs à voir le psychiatre rejoindre les rangs du casting pour de bon mais il apparaît toujours en guest-star occasionnelle pendant que sa chère Diane revient jouer les serveuses et entretenir son amour vache avec Sam. Le petit jeu de ces deux-là a perdu pas mal de fraîcheur et leurs confrontations ne me font plus beaucoup d’effet tellement c’est vu et revu (l’histoire d’argent de « I Will Gladly Pay You Tuesday »). Et pendant ce temps là, Carla poursuit ses aventures sentimentales (un « 2 Good To Be 4 Real » en pilotage automatique) et le duo Norm/Cliff sont en mode comic-relief sans reliefs et sans véritable dimension dramatique à désamorcer.

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Je ne reproche pas à Cheers de se répéter. Je lui reproche de le faire sans trop d’efforts et sans s’embêter de mélanger les tonalités comme elle a pu le faire si bien auparavant. Quand les choses sont drôles, on tombe dans la farce assez grossière. Quand elles sont tristes, on tombe dans la guimauve. Où est l’équilibre ? Est-ce que, comme je le prédisais dans ma récente review, Coach l’a emporté avec lui dans la tombe ? Peut-être qu’une pause me fera du bien.

Community S06E13

Je n’en démordrais pas : les cinq premiers épisodes de cette sixième saison étaient ceux qui m’ont le plus emmerdés dans Community, quatrième saison incluse. On en parlait la dernière fois avec Gibet : aucun rythme, des scripts navrants, des acteurs qui ont du mal à faire semblant de s’amuser et un cynisme très mal dosé. Depuis, Dan Harmon et son équipe sont peu à peu remontés dans mon estime, en particulier avec leurs trois derniers essais. L’épisode du paintball était divertissant, celui du mariage intelligent, drôle et touchant. Et ce final, tout ça à la fois. Triste surtout. Je ne pensais pas que Jeff et compagnie étaient toujours capable de me faire ressentir autant d’émotions. Les multiples renaissances de la série et sa baisse de qualité m’avait complètement fait oublié l’amour que j’ai pu porter à ces personnages par le passé. L’an dernier à la même époque, je m’en tapais comme d’une vieille chaussette si je refoutais plus jamais les pieds à Greendale. Là, j’ai pas envie d’y refoutre les pieds parce que je suis heureux de quitter les lieux avec un épisode aussi réussi.

Comme au bon vieux temps, le méta est utilisé au service des personnages plutôt qu’à l’occasion d’un gag poussif ou d’un concept foireux. Et la voix de Dan Harmon se refait entendre avec générosité, humanisme et clarté, sans avoir besoin de jouer les victimes ou de nous pondre un script boursouflé. Tout est fluide dans ce series finale – oui appelons le ainsi je vous en prie – qui réussit l’exploit d’exploiter tout le monde correctement – même Chang qui était juste bon à péter finalement ! - et d’avoir un rythme convenable. Ce n’est pas assez pour me faire oublier la torture que fut certains épisodes diffusés depuis 2013, mais assez pour que je sois sincèrement ému et qu’une nouvelle porte se ferme sur ma jeunesse. Ce qu’elle est dur pour mon petit cœur cette saison télé. Ce que j’aimerais suivre Abed à Los Angeles mais ce que je suis coincé comme Jeff. Ce que tout cela était juste et touchait dans le mille. Du Dan Harmon de qualité en somme. Merci vieux et sans rancune. Arrêtes toi là, je ne vois pas comment tu peux écrire une épitaphe plus parfaite. 

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Halt & Catch Fire S02E01

Je n'ai qu'une parole : n'ayant pas du tout aimé le pilote, j'avais tout de même déclarer que je finirais la première saison en guise de consolation après la fin de Mad Men. C'est ce que j'ai fait : lors d'une longue et douloureuse semaine de mai, je me suis tapé dix épisodes d'une série vachement inégale. Les défauts que je reprochais aux débuts d'Halt & Catch Fire ont mis du temps à être corrigés et, en attendant, il a fallu supporter toute la grandiloquence du jeu de Lee Pace et de son personnage tout droit sorti du "manuel du bon petit-héros pour série du cable prétentieuse". Il a fallu supporter le symbolisme lourdingue utilisé pour accompagner la déprime de Gordon. Et voir les scénaristes tomber dans tout les panneaux du genre sans parvenir à donner vie à des personnages pantins aux actions encore plus prévisibles qu'un plan machiavélique de Joe McMillan. Pourquoi je me suis infligé ça ? Parce que je suis un croyant. Je crois à l'amélioration d'une série, à une trajectoire qui se rectifie au bout d'un moment. C'est souvent ce qu'il y a de plus gratifiant à la télé : voir quelque chose de médiocre trouver peu à peu son rythme, sa raison d'être, ses forces.

Et quand le trio principal a commencé à agir comme des humains, quand un peu d'humour est apparu à travers la froideur ultra stylisée, quand le récit s'est recentré sur la naissance et l'échec créatif du Giant, j'ai enfin pu passer de bons moments. Du S01E07 au S01E09, les choses étaient même franchement excitantes, surtout avec une Donna reliée enfin au reste de l'action et prouvant qu'elle était mille fois plus intéressante que les autres. Au début, tout le monde espérait révolutionner le monde informatique avec un ordinateur portable révolutionnaire et au final, ses créateurs ont réalisés que leur machine était pas forcément si géniale, que l'important était ailleurs. Une vraie métaphore de la manière dont évolue Halt & Catch Fire, jamais aussi intéressante que lorsqu'elle arrête de jouer la maline et se fait plus modeste. Hélas, le season finale était un désastre, enchaînant des situations rocambolesques sorties de nulle part (Joe qui brûle les ordinateurs, Gordon et Donna qui se font agresser) pour revenir à un status quo très décevant.

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La deuxième saison n'effacera pas les erreurs du passé mais elle semble bien partie pour les corriger habilement. "Seti" est un season premiere très prometteur qui déborde de bonnes idées ne demandant qu'à être correctement exploité : la start-up anarchique "dirigée" par l'excellent duo Cameron/Donna, la déconstruction habile de Cardiff Electric et des ambitions de Gordon et même un Joe qui, même si je me contrefiche de ce qui lui arrive, semble un peu moins clownesque pour le moment. Si Bosworth rejoint l'équipe Mutiny et que les scénaristes ne retombent pas dans leurs mauvais travers, il y a vraiment moyen pour que cette nouvelle aventure, désormais centré sur les débuts de l'Internet, soit passionnante. Moralité : il est parfois bon de s'infliger du pas bon car le pas bon peut devenir bon.    

The Americans [Saison 3]

Comme Halt & Catch Fire n’a pas suffi à me sortir de ma déprime post-Mad Men, il a fallu sortir l’artillerie lourde. Je suis donc allé déterrer une série dont je n’avais pas regardé un seul épisode depuis février 2014. J'avais beaucoup aimé la première saison. Je n'avais aucun problème devant le début de la deuxième. Mais à cause d'un voyage, d'un planning séries très chargé et du temps qui passe, j'avais mis la série de côté. Une grave erreur : en m'y replongeant, j'ai réalisé que je ne comprenais plus rien à ce qui se passait à l'écran. Que les enjeux des relations entre chaque personnage étaient tellement complexe que je n'arrivais plus à les suivre et donc à me sentir concerné. En particulier tout ce qui concernait l'ambassade russe où tout me semblait être du chinois. C'est qui déjà Oleg, à quoi il sert ? Pourquoi Lee Tergesen est méchant déjà ? Il en est où Philip avec Martha ? J'étais totalement perdu alors j'ai abandonné comme un lâche. Tout ce dont j’avais besoin, c’était d’un previously on très complet et j’ai pu me remettre dans le bain plus facilement que prévu. Et rattraper mon retard plus rapidement que prévu. Probablement la meilleure décision que j’ai prise depuis avoir binge-watché Boardwalk Empire sur le tard.

Je vais pas mâcher mes mots : The Americans est unique en son genre et sublime. Elle réussit l’exploit de garder une qualité constante sans avoir besoin d’accélérer son rythme, de compromettre son récit ambitieux ou de sacrifier des personnages juste pour nous offrir d’éphémères frissons. Non, les frissons sont bien là pour durer car, quand une intrigue est passionnante, elle est exploitée jusqu’au bout et reste passionnante jusqu’au bout. Cela demande une très grande attention et une patience toujours récompensée. The Americans n’est pas une série d’action, c’est une étude méticuleuse des conséquences de nos actions. Plus on passe du temps en compagnie de notre couple d’espions infiltrés qui font d’horribles choses au nom de leur patrie, plus les enjeux émotionnels sont complexes et bouleversants. Plus l’attente est grande avec Paige découvrant la vérité sur ses parents, plus la révélation est une claque. Plus la relation mensongère entre Clark et Martha dure, plus celle-ci devient une figure tragique. Il n’y a pas de gentils, pas de méchants, juste des hommes et des femmes au cœur d’une guerre froide dont les enjeux sont très intime (la douloureuse mission de Philip auprès d’une jeune adolescente qu’il doit manipuler à contrecœur ou le double jeu permanent de Nina pour survivre). Et pour ne pas pleurer sans cesse ou mourir de trouille à cause de la tension permanente, la série n’oublie pas d’injecter un peu d’humour et une bonne dose de fabuleuses perruques. Des épisodes comme « Do Mail Robots Dream of Electric Sheeps » ou « Stingers » sont de petits chef d’œuvres qui restent en tête longtemps après leur visionnage.

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Il faut absolument que The Americans dure suffisamment longtemps pour que les scénaristes aillent jusqu’au bout de leurs ambitions et qu’ils ne lâchent rien. Malgré l’indifférence des Emmys alors que chaque acteur livre ici sa meilleure performance, Keri Russell et Matthew Rhys en tête. Et quand débutera la quatrième saison, je serais au rendez-vous cette fois. Pour de bon. 

EN VRAC / J'ai regardé le pilote de Grace & Frankiela nouvelle série de Netflix au casting incroyable : Martin Sheen et Sam Waterston dans le rôle d'un couple qui abandonne leurs femmes respectives pour se marier et surtout, dans le duo principal, Jane Fonda et Lily Tomlin, les femmes abandonnées en question, forcées de s'unir malgré leurs différences et repenser leur vie. C'est Martha Kaufman (Friends) qui est à l'origine de ça et pour l'instant, c'est très plaisant. On n'évite pas les poncifs d'un pilote (des choses prévisibles, de l'exposition pas toujours très adroite) mais on s'amuse bien avec ces dinosaures qu'il est toujours bon d'avoir à l'écran. Ce sera toujours mieux d'avoir Fonda et Waterston ici que sous la plume de Sorkin. 

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Les comédies HBO du dimanche soir sont plutôt en forme, même s'il se trouve qu'elles ont signés cette semaine leur épisode le plus faible. Rien de bien inquiétant : Veep est une valeur sûr qui exploite vachement bien Hugh Laurie dans le rôle du nouveau Vice-Président et Silicon Valley poursuit avec cette deuxième saison un récit bien construit, drôle et plein de surprises. 

Pendant ce temps, Children's Hospital continue d'être un excellente bizarrerie que je vous conseille toujours autant de découvrir. elle vient d'être renouvelée pour une septième saison et si ça peut convaincre les nostalgies de Parks & Rec, Nick Offerman y fait régulièrement apparition.

Et puis il y a Nurse Jackie qui termine tranquillement sa course avec une septième et ultime saison qui ne réinvente pas l'eau chaude mais continue à nous parler plutôt bien d'addiction et sait correctement exploiter des personnages qui, mine de rien, m'auront accompagnés un bout de temps et auront pas mal évolué. Le départ de Cooper était étonnement émouvant et l'ajout de Tony Shalhoub dans le rôle d'un nouveau médecin est franchement sympathique. 

Voilà. Attendons sagement un été avec beaucoup de promesses : Orange is The New Black, Masters of Sex, Rectify, Review, Playing House et bien sûr... FALLING SKIES !

Lol. 

20/05/2015

Cheers [Saison 3]

Sam: What do you want, Norm?

Norm: A reason to live. Keep 'em coming.

Je ne sais pas si c’est dû à une déprime post-Mad Men ou à un planning séries plutôt désertique, mais je me suis enfilé cette troisième bien plus rapidement que prévu.

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En plaçant la dynamique Sam-Diane au centre du récit pour mieux la faire exploser lors du season finale, les scénaristes prenaient des risques : comment refaire exister ces deux-là séparément sans tomber dans la redite ? Comment faire basculer notre attention de ce duo fédérateur vers le reste de la distribution ? Comment continuer d’explorer une formule gagnante sans tomber dans une routine de sitcom trop molle ? Dès le season premiere, cette troisième saison balaye toute inquiétude et démarre sur les chapeaux de roue. On y rencontre Frasier Crane, un personnage qui allait exister pendant encore une vingtaine d’année et Kelsey Grammer fait une forte impression dès le départ dans le rôle d’un psychiatre amouraché de Diane. Les problèmes d’alcool de Sam sont revisités et les conséquences de sa rupture avec Diane sont exploités à la fois pour le rire et pour l’émotion. Et surtout, leurs camarades de Cheers ont enfin l’occasion de leur voler la vedette en toute liberté. L’idéal pour vous parler de cette saison, c’est de sélectionner une poignée d’épisodes liés à des moments forts dans le parcours des personnages. Une poignée d’épisodes qui montrent bien la diversité de la série, sa richesse de ton et sa capacité à exploiter son décor avec une créativité sans cesse renouvelée.

Frasier – S03E01/S03E02 Rebound

Frasier: Carla, why do you keep on building walls between yourself and everyone else?

Carla: Have you taken a good look at everyone else?

Frasier: Touché.

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Le 27 septembre 1984, les téléspectateurs américains font connaissance de Frasier Crane sans savoir que le personnage allait squatter leur petit écran jusqu’au 13 mai 2004. Moi, c’est avec le pilote du spin-off Frasier que j’ai découvert le psychiatre et le voir faire ses premiers pas dans cette troisième saison est comme de voir un prequel. Ce qui est saisissant, c’est que dès sa première apparition, le personnage est déjà très bien définie et on comprend immédiatement comment Kelsey Grammer a pu s’imposer autant. Tout ce qui nous fera aimer autant Frasier est déjà là : sa grandiloquence déplacée, son arrogance très fragile, son humour snob et ses excès de rage contrôlés. Après la rupture d’un couple phare, voir l’un des amoureux rendre l’autre jaloux avec un nouvel amant est un passage convenu dans une sitcom, un « trope » bien connu (ex : Jim et Karen dans The Office, Ross et Julie dans Friends). Ici, le troisième angle du triangle amoureux se voit accorder d’emblée une personnalité et plutôt qu’être un pantin dans la dynamique Sam/Diane, il est un personnage à part entière. Un concurrent crédible, auquel on s’attache et qui permet, pendant un moment, d’évacuer toute réconciliation entre Diane et son ancien amant car le nouveau n’est pas juste un figurant.

C’était un pari risqué car Frasier aurait facilement pu devenir antipathique pour le public, un obstacle irritant pour ceux qui n’espèrent que les retrouvailles de leur couple favori. Au lieu de ça, il s’impose aussi bien dans cette intrigue sentimentale qu’au sein des habitués du bar. Oui, la bonne idée, dès « Rebound », c’est de faire interagir Frasier avec les autres, ouvrant ainsi de nombreuses possibilités car chaque habitué est un potentiel cas à étudier pour le jeune psychiatre. « Rebound » est donc à la fois un moyen parfait de relancer la série et d’introduire un nouveau personnage de manière organique et convaincante. Welcome Frasier ! Ou plutôt welcome back Frasier !

Sam et Diane – S03E19 Behind Every Great Man

Diane: Uh, not this again. It's starting to sound like a broken record.

Frasier: Oh, now you're saying that I'm redundant, that I repeat myself, that I say things over and over.

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Un disque rayé : ça aurait pu être l’impression laissé par la dynamique Diane/Sam si les scénaristes n’avaient pas plus d’un tour dans leur sac concernant ces deux-là. Après avoir passé une saison entière à disséquer et dépeindre longuement l’échec de leur relation amoureuse, ils décident de ne pas trop tirer sur la corde du triangle amoureux. Plutôt que de nourrir l’envie d’une réconciliation trop convenue, les deux anciens amants deviennent pires ennemis et passent la plupart des épisodes à se balancer des vacheries. L’émotion étant redistribuée aux autres personnages, Sam et Diane deviennent des éléments purement comiques, presque des faire-valoir parfois. Et ce qui rend leurs échanges si drôle c’est que les méchancetés qu’ils s’envoient ne sont pas gratuites : ils connaissent parfaitement les faiblesses de l’autre et s’en amuse, quitte à en tirer profit. Cette relation d’amour vache permet donc à la fois de ne pas tomber dans le piège de la redite et de laisser Frasier et le reste de la bande prendre le devant de la scène.

Cela dit, quand un épisode entier s’intéresse à l’état de leur relation post-rupture, c’est un vrai plaisir. Surtout quand c’est Ken Levine et David Isaacs, maître du quiproquo en sitcom, qui s’en charge (revoyez « Room Service » dans Frasier si vous ne me croyez pas). Le pitch est simple mais se complique très vite avec beaucoup de malice : Sam veut sortir avec une femme cultivée et confie à Carla qu’il est vraiment amoureux d’elle et prêt à en apprendre plus sur la peinture pour la séduire. Diane entend la conversation et pense que son ex parle d’elle et qu’il veut la reconquérir. Elle n’est pas insensible à l’idée et quand il lui propose de rester un soir après son service, elle pense qu’il va l’amener en virée romantique alors qu’il a besoin qu’elle tienne le bar pendant qu’il s’évade avec sa vraie prétendante...

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On observe les malentendus s’enchaîner les uns après les autres, chacun étant plus succulent que le précédent, jusqu’à la révélation finale. C’est du théâtre magistral, un exercice très dur à exécuter mais qui tient la route tout du long et permet de nous redonner envie de voir Sam et Diane ensemble pour mieux se foutre de nous ensuite. Un classique. Bien sûr, quand Sam et Diane finissent en fin de saison par véritablement avoir envie de remettre le couvert, on est presque un peu déçu. Mais la graine de cette réunion est si bien plantée dans la farce de « Behind Every Great Man » que l’on y croit et qu’on est prêt à revisiter cette relation si centrale de la série. Espérons que la saison suivante ne propose pas une redite. 

Carla – S03E13 Whodunit?

« I'm in love with someone else. I don't know his name. I never even met him yet. But I've had this really clear picture of him in my mind for what seems like forever. I mean, he is gonna walk into this bar one night... well, not walk, really, more like swagger, you know? Confident, but not cocky... He's okay lookin' but he's no pretty boy. He's a swell dresser. He's got on this... burgundy leather jacket. He's got cherry Life Savers in one pocket and a pack of Camels in the other. He's tryin' to quit 'em both, but he can't. His nose... it's broken in all the right places. And he's got this scar on his chin that he won't talk about. He cracks his knuckles all the time, it drives me up the wall but what are ya gonna do. He doesn't talk much... doesn't have to. He falls for me. Hard. I hurt him a few times. He gets over it. We get married. So, uh, you see, it'd be a little messy if I was already married when he got here. »

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Les épisodes centrés sur Carla sont rarement les plus enthousiasmants. En particulier quand Nick, son ex-mari, est de passage. Dan Hedaya a beau être amusant à l’occasion, son personnage n’apporte en général rien de neuf si ce n’est le même gag en boucle (c’est un salaud mais Carla l’aime bien quand même). « Whodunit » est différent. Cette fois, c’est un chic type qui s’amourache de la serveuse. Un éminent psychiatre, mentor de Frasier, qui est prêt à épouser Carla et dont elle tombe enceinte à la surprise générale. En vingt petites minutes, les scénaristes parviennent à rendre crédible cette idylle surprenante et à humaniser sans trop forcer le trait notre irascible serveuse. Quand celle-ci réalise que malgré tout le bien que peut lui procurer une relation enfin basée sur le respect, elle finit par avouer avec courage à son prétendant qu’elle recherche autre chose. Qu’elle est prête à poursuivre son rêve quitte à passer à côté d’une relation saine aussi bien sentimentalement que financièrement. C’est à la fois la force et la faiblesse des personnages de Cheers, ce qui les rend terriblement humains et touchants : ils n’abandonnent pas leurs rêves, quitte à nourrir les pires regrets. Et un bar, c’est un endroit parfait aussi bien pour être confronté à la réalité des autres que pour fuir la sienne. Que ce soit avec de l’alcool, avec les histoires d’un pilier de comptoir ou la promesse d’une rencontre éphémère. Dans « Whodunit ? » qui, comme souvent, débute comme une blague et se termine avec mélancolie, Carla refuse le compromis et préserve sa dignité. Si j’aime la voir balancer des vacheries à Diane ou Cliff, c’est ce côté plus fragile de sa personnalité qu’il est passionnant de revisiter à l’occasion.   

Coach – S03E06/S03E07 Coach In Love

“Irene, I'm not a rich man, I'm not a young man, I'm not a handsome man, I'm not a tall man, I'm not a strong man, I'm not a talented man, I'm not a well travelled man, I'm not a smart man, I'm not a milk man, I'm not a fat man, I'm not a gingerbread man, I'm not a...”

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Le 12 février 1985, Nicholas Colasanto meurt de problèmes cardiaques, des soucis qu’il traînait comme un fardeau depuis déjà longtemps. Il suffit d’observer son amaigrissement au fil des épisodes pour supposer de cette douloureuse épreuve. L’acteur a eu la lourde tâche d’incarner un imbécile heureux et, malgré toutes les limites d’un jeu pas toujours subtil, de le rendre terriblement attachant. Coach était l’âme de Cheers et « Coach In Love » est un bel hommage à un personnage qui était un excellent faire-valoir. Dans ce double épisode, le barman a un coup de foudre pour une femme qu’il décide d’épouser sur le champ avec toute la naïveté qu’on lui connaît. Comme ses amis, cette union simple comme bonjour nous réchauffe le cœur. Sauf que lorsque que sa dulcinée gagne au loto et s’éloigne aussitôt de lui, on est aussi peiné que ses amis. La pureté d’esprit de Coach, jusque là utilisée pour nous faire marrer, est l’occasion ici de moments très durs où le pauvre bougre n’arrive pas à accepter que son idylle est terminée. Ses rares moments de lucidité sont un tire-larmes et quand il décide courageusement de ne plus répondre aux coups de téléphone de son amoureuse, c’est une victoire douce-amère comme Cheers sait si bien nous les offrir.

La dernière apparition de Coach sera dans « Cheerio Cheers ! », un remake du season finale de la deuxième saison où Diane doit à nouveau quitter Sam et où le couple nous refait avec succès le coup du long dialogue nocturne qui en dit long sur les multiples facettes de l’amour. Coach vient prendre la serveuse dans ses bras pour lui dire au revoir et c’est un adieu à un personnage qui va forcément nous manquer. Sans lui, je crains un déséquilibre : comment trouver l’arrogance intellectuelle de Diane charmante sans avoir un Coach pour qu’elle s’attendrisse et se fasse plus pédagogue ? Comment avoir un Cliff qui raconte n’importe quoi à qui veut bien l’entendre sans un Coach qui veut bien l’entendre ? Cheers n’est qu’une sitcom et saura facilement retomber sur ses pattes, engageant Woody Harrelson pour remplacer Colasanto et incluant sa mort dès l’ouverture de la saison suivante. Mais Coach est irremplaçable et « Coach In Love » reste son plus beau moment.

À noter que cet épisode contient un « previously on » très inventif, un exercice avec lequel les scénaristes semblent beaucoup s’amuser et explorer toutes les possibilités. Au début de la deuxième partie de « Coach in Love », on se ballade dans Boston où chaque personnage raconte à ses proches les mésaventures de Coach : Carla à ses enfants, Cliff à sa mère, Norm à son chien plutôt qu’à sa femme, etc… Mais à aucun moment, on entre dans leur intimité, on reste à l’extérieur et c’est un procédé très malin et économique. Même chose pour le « previously on » du season premiere où les diapos du voyage de Cliff en Floride sont l’occasion de nous remettre intelligemment dans le bain. Qui sait encore faire ça avec autant d’inventivité ? Il faut dire qu’à l’époque, sans Internet, les spectateurs avaient bien besoin de ça à moins d’avoir une mémoire impeccable.

Cliff – S03E04 Fairy Tales Come True

« I hear there's a tribe of men in the Middle East called the Eschonites, they're entirely celibate, they live without women. Rumour has it, they are the happiest men in the world. Tomorrow, I'm going to send for their brochure. »

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Même procédé pour l’ami Clifford Clavin : en l’espace d’un épisode, on transforme le sidekick champion de la loose en personnage émouvant et tragique. Et là aussi, c’est un coup de foudre qui sert à propulser la blague vers le drama. En effet, le soir d’Halloween, le facteur fait la rencontre d’une jeune femme avec laquelle il parvient à établir une connexion. Le grand timide profite de porter un masque pour avoir confiance en lui et prouver à ses camarades qu’il est capable d’aligner deux mots devant le sexe opposé. C’est une jolie petite victoire, et c’est réconfortant de voir les camarades de Cliff l’aider à réussir son coup plutôt que de l’humilier comme d’habitude. Sauf que le lendemain, quand il faut enlever le costume, il prend peur. Et il se trouve que sa conquête est exactement comme lui. Ce qui donne une résolution mignonne comme tout où deux grands empotés des sentiments parviennent à rétablir une simple et jolie connexion humaine. Il aura fallu plus de deux saisons pour que la lâcheté de Cliff ne soit pas juste un prétexte à des gags et devienne une vraie intrigue exécuté avec justesse. Les défauts des habitués de Cheers peuvent à tout moment se transformer en qualité et c’est une moralité qui ne cesse d’être exploré de manière joliment sensible. Dommage que l’on ne revoit pas l’âme sœur de Cliff et que cette relation disparaît dès l’épisode suivant. Mais le personnage méritait ce focus et j’espère que la série nous offrira d’autres moments comme celui-ci en sa compagnie.   

Mon seul bémol avec l’épisode, et j’imagine que c’est sensé se produire parfois avec une série aussi vieille, c’est son rapport à l’homosexualité. Comme il n’arrive pas à vaincre sa timidité pour s’adresser aux femmes, les camarades de Cliff se moquent de lui en le « traitant » de gay. Et le postier se sent aussitôt insulté et fait tout pour prouver que ce n’est pas le cas. C’est pas la première fois que la série fait ce genre de raccourcis : quand l’amitié entre Norm et Cliff devient trop sensible, ces deux-là préfèrent prendre leur distance plutôt que d’être pris pour des homosexuels. La virilité d’une époque et d’un lieu comme un pub à Boston est évidente mais les scénaristes sont un peu paresseux, surtout qu’avec un épisode comme « The Boys In The Bar », ils étaient presque sur la bonne voie. Et quand on a un personnage comme Diane Chambers dans les parages, c’est l’occasion ou jamais d’en faire la voix de la raison sans tourner le sujet à la dérision sans arrêt. Mais bon, j’imagine qu’elle a déjà pas mal de boulot avec le sexisme latent qui l’entoure. Ce serait sûrement trop lui demander de devoir à la fois détruire les mauvaises habitudes de Sam Malone, le père spirituel de Barney Stinson et de vaincre l’homophobie de ses clients. Espérons qu’à l’avenir, Frasier pourra l’aider un peu…

Norm – S03E11 Peterson Crusoe

Coach: Norm. Normie, you want to hear a crazy, hopeless dream? I wanted to play baseball, and uh, maybe coach a little you know, and then afterward tend bar in a nice place. And look what happened to me?

Sam: Coach, that's exactly what happened to you.

Coach: Oh yeah. No wonder I'm such a happy guy.

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C’est bien sûr le coup de génie de la série : faire de l’humour avec une bande de gens tristes. Un bar est un décor de sitcom parfait et, si Balzac écrivait une comédie humaine à plusieurs caméras, elle ne serait sûrement pas très éloignée de Cheers. C’est l’endroit où, comme nous lorsqu’on lance un épisode, chacun traîne sa misère et cherche un peu de réconfort auprès d’amis. C’est un repère familier, un endroit chaleureux où l’on noie sa solitude. Et le spécialiste en la matière, c’est bien sûr Norm. Un mariage pas très heureux, un boulot de merde et des heures passées à s’enfiler des pintes au comptoir en distribuant des remarques sarcastiques à qui veut bien l’entendre. Ca fait de lui à la fois le clown sur lequel les scénaristes peuvent facilement se reposer pour un bon mot mais aussi un putain de clown triste.

Quand la série explore cette tristesse, ça donne souvent de beaux épisodes, comme ce « Peterson Crusoe » où Norm décide de saisir l’opportunité de quitter son quotidien médiocre pour aller vivre sur une île et réaliser son rêve. Sauf que non : il prend peur et, alors que ses amis le pensent loin de Boston, il se cache dans le bureau de Sam et a trop honte pour affronter ceux qui viennent d’applaudir son audace.  Jusque là, les situations sont surtout cocasses surtout qu’en arrière plan, Diane et Carla s’affrontent dans un combat de serveuses assez marrant, où Coach joue les arbitres. Le plus émouvant, c’est quand Norm se confie à Sam et réalise qu’au final, le plus courageux, ce n’est pas de suivre ses rêves, c’est d’être capable de les mettre de côté. Il préfère être heureux en continuant de fantasmer derrière sa bière plutôt que d’être déçu si son fantasme s’avère être un échec. C’est plus facile mais c’est aussi plus cynique, plus dur à accepter et franchement triste. Bien sûr, le tout se termine sur une plaisanterie qui détend l’atmosphère et tout le monde se resserre une bière en rigolant et en utilisant Cliff comme éternel bouc émissaire. Mais la tristesse est toujours là et sera toujours le socle très discret mais essentiel d’une série avec beaucoup d’humanité.

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18/05/2015

Mad Men S07E14 [Series Finale]

Person To Person

"People just come and go and no one says goodbye…” Et oui Don mais pourtant, c’est bien fini. Et si personne ne dit au revoir, c’est parce qu’il ne s’agit pas d’une fin mais d’un nouveau départ.

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La réussite de cette scène finale, c’est qu’elle est à la fois parfaitement satisfaisante et tout à fait ouverte. Un équilibre difficile à trouver mais Matthew Weiner s’en sort haut la main, on lui souhaite en tout cas de ne pas avoir à se justifier autant que son mentor David Chase. Qui a besoin de réponses quand les questions soulevés par ce montage sont aussi passionnantes ! Chacun est libre de les interpréter à sa guise, selon sa sensibilité face à la série et sa vision du monde. Les plus terres à terres seront convaincus que grâce à son illumination, Don imagine la plus célèbre campagne publicitaire de Coca Cola, la baleine blanche qu’il parvient enfin à dompter, ce qui lui procure enfin paix, satisfaction et sourire. Les plus cyniques se diront que, tandis que Don baigne dans une énième renaissance loin de la publicité et que le rêve des années soixante se termine, l’emprise du consumérisme sur l’Amérique est devenue tellement irréversible que ce rêve s’est lui-même transformé en machine à vendre. Avec l’aide des mad men qui auront transformé l’espoir en outil de vente, Coca Cola et d’autres pourront désormais utiliser l’Espoir pour promouvoir leurs produits. Les meilleurs choses dans la vie n’ont pas de prix mais c’est pas ça qui va nous empêcher de les vendre.  On peut même mêler le cynisme et le terre à terre en se disant que cette publicité (qui, pour info, est réellement sorti de l’agence McCann en 1971) est le coup de génie qui propulsera Peggy Olson.

Plus simplement, on peut juste y voir une manière d’exacerber les thématiques explorés par la série pendant 92 épisodes et de mettre en parallèle les contradictions d’un homme et d’une société sans pour autant nous dire comment les juger ou ce qu’il faut en penser. Dans le pilote, Don expliquait à Rachel Menken que l’amour fut inventé par les publicitaires pour vendre du nylon. Mais quand il se lève pour réconforter le pauvre homme qui confesse être seul au monde, c’est d’amour dont il a besoin. Comme nous, il est complexe, il évolue, cherche des échappatoires, se complaît dans sa situation, se perd à nouveau, revient au point de départ puis prend un nouveau départ. L’homme qui saute d’un building dans le générique se retrouve assis confortablement dans son fauteuil à la fin mais peut-être qu’il sautera à nouveau. « Happiness is a moment before you want more happiness ». Qu’on nous la vende en bouteille ou qu’on la trouve nous même lors d’une retraite new age, c’est à nous de la saisir selon notre définition du bonheur, selon notre parcours, notre identité. Don vient de s’en trouver une nouvelle d’identité, « a new you », et ce plan final nous laisse au début de quelque chose. À nous d’imaginer quoi. Comme l’amour et le bonheur, demain n’existe pas, c’est à nous de l’inventer. En utilisant un symbole fort, ce montage nous offre un instant à observer comme bon nous semble, en y projetant notre relation avec les personnages, avec la société et avec nous-mêmes. C’est ce que Mad Men a su faire de mieux.

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Et « Person To Person » est d’ailleurs un best-of de ce que Mad Man sait faire de mieux (c’est d’ailleurs pour ça que je vais citer pas mal d’épisodes précédents, tel un « greatest hits »). Toutes les grandes thématiques de la série sont revisitées : la connexion avec les autres, le fossé entre nos désirs et la réalité, la solitude et les secondes chances. Après une belle ascension professionnelle où, comme le prédisait Roger dans « Lost Horizon », Peggy parvient à garder la tête haute dans l’enfer McCann, la voilà enfin confronté à sa plus grande peur : la proximité avec les autres. Cela donne une conversation téléphonique avec Stan qui est une belle récompense pour les fans (et soyons honnête, pour les shippers comme moi) et est un bel épilogue, drôle et réjouissant, au parcours de mademoiselle Olson. Le timing comique d’Elizabeth Moss quand elle se retrouve sans voix après la déclaration de Stan ! Alors peut-être que cette relation, si chouette sur le papier, est vouée à l’échec. Peut-être que l’avenir de Peggy, c’est de devenir elle aussi un requin de McCann capable de pondre une campagne comme celle de Coca-Cola. Mais à nous de voir, tout ce dont on peut être sûr, c’est du chemin qui aura mené Peggy ici et qui fut l’un de plus beaux parcours d’apprentissage que j’ai pu voir sur mon écran. Qu’elle termine, pour le moment, avec un compagnon plutôt que toute seule, c’est une belle victoire et une avancée par rapport à son ancien mentor dont elle ne reproduit pas les erreurs. Elle aurait pu fuir et rejoindre Joan, saisir un échappatoire pour tout recommencer ailleurs. Mais non, Peggy Olson n’est pas Don Draper. Elle semble décidée à rester et à construire quelque chose.

Ca n’empêche pas leur dernière conversation d’être très touchante. C’est probablement le moment que j’attendais le plus dans ce final tant leur relation reste l’une des plus passionnantes de la série. Contrairement à ce que laissait espérer le titre de l’épisode, l’au revoir se fait ici à distance car c’est le téléphone qui permettra à Don de faire ses adieux aux femmes de sa vie (les trois femmes de sa vie, si on est d’accord avec la théorique avancée par Ted dans « Severance »). Avec Peggy en ligne, on le retrouve dans le même état qu’à la fin de « The Suitcase », bouleversé et se confessant en larmes à son ancienne protégée. Un Jon Hamm poignant y fait la liste des méfaits de son personnage nous permettant de revisiter des moments clés de son parcours, de son usurpation d’identité (« Nixon Vs Kennedy ») à la trahison dans les yeux de sa fille (« Favors »). Ayant bien retenu la leçon, Peggy sonne presque comme l’ancien Don quand elle lui ordonne de revenir à la maison et d’oublier ses erreurs passées. « Get out of here and move forward ! It will shock you how much it never happened » (“The New Girl”). Après avoir essayé à nouveau de l’imposer à une Stephanie qui ne tombera pas dans le panneau, Don suivra son propre conseil, en l’améliorant : il ira de l’avant mais, cette fois, en acceptant ce qu’il est. En embrassant littéralement ce qu’il ressent, comme il le fait lors de la séance confession du séminaire, avec ce brave type, son double. Il avait besoin d’entendre une dernière fois la voix de Peggy et aujourd’hui, elle est définitivement celle de la raison. C’est un peu grâce à lui, c’est aussi malgré lui. C’est toute la complexité de leur relation qui se termine avec une épiphanie à retardement et deux trajectoires opposées. Tout ce que j’avais en tête pendant ce coup de fil, c’est leur danse sur Sinatra dans « The Strategy » et finalement, c’était ça leur véritable dernière scène.

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La grande tournée d’adieu téléphonique a débuté plus tôt par une autre femme de la vie de Don qui n’est plus une petite fille maintenant. Qui, quand on la verra pour la dernière fois, sera là pour soulager sa mère dans une épreuve difficile et ce sera à la fois une belle preuve de maturité et aussi une position assez tragique pour celle qui est destiné à suivre sa propre voie, si l’on reprend les mots de Betty la semaine dernière (remarquez comme chaque sentiment ressenti devant la série est souvent une dualité ou même une contradiction). En tout cas, Sally n’a plus besoin de son père et bientôt, saura se débrouiller sans sa mère. Elle s’est affranchie et termine la série en restant celle qui aura le plus grandie. Souvenez de la petite fille qui pleurait après la mort de son grand-père (« The Arrangements ») et qui se montre incroyablement digne face à la disparition annoncée de Betty. C’est ça qui est beau quand on est gamin : malgré tout le cynisme, malgré tout le déterminisme, l’espoir de changer y est le plus crédible, le plus frais. Même si c’est le cas, on peut facilement croire qu’il n’est pas encore trop tard. L’avenir appartient à la jeunesse ouais. Et Sally, encore plus que Peggy, en fut un bel exemple, la gamine puis l’adolescente la plus juste et la plus inoubliable du petit écran. Je souhaite à Kiernan Shipka la meilleure carrière possible.

Le coup de téléphone le plus immédiatement triste, celui qui en tout cas m’aura fait le plus pleurer, c’est l’adieu de Don à Betty. Ou plutôt l’adieu de Betty à Don. Oh ce n’est la première fois que ces deux-là se séparent mais finalement, c’est peut-être la plus douloureuse. Don vient d’apprendre que son ex-femme a un cancer et il semble décider à endosser à nouveau le rôle du sauveur et à venir à la rescousse, au moins pour ses enfants. Mais Betty, plus clairvoyante que jamais à l’approche de la mort (son franc-parler fut toujours sa plus grande qualité) lui demande de mettre son ego de côté et, pour une fois, de rester en dehors de tout ça. Pas parce qu’il fuit ou qu’il est un père ou mari absent mais parce qu’elle lui demande. Parce que c’est la meilleure chose à faire. Quand il réalise qu’elle a raison, Don ne sait plus quoi répondre. Et d’un seul coup, les larmes viennent parce que ce coup de fil se transforme sans prévenir en adieu. Et d’un seul coup, Betty réalise ce qu’elle vient de dire et l’irrévocabilité de la situation. Alors ils pleurent en silence comme deux enfants qui furent follement amoureux il y a plus d’une décennie. Et on pleure avec eux. On pleure avec Jon Hamm et January Jones, on pleure de la tristesse mais aussi de la joie car on en revient à cette dualité, la force du récit.

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C’est comme ça qu’on se retrouve avec une fin douce-amère pour Joan qui, si elle réalise enfin son rêve de diriger son entreprise, se retrouve à nouveau seule. Encore une fois, un homme de sa vie l’abandonne et la laisse seule et digne, son enfant dans un bras, le téléphone dans l’autre. Une femme du monde, celle qu’elle a toujours voulu être et qu’elle est devenue à force de courage, à force d’être endurcie par chaque putain d’épreuve qu’elle a pu traverser. Sa dernière conversation avec Roger est délicieuse et celui-ci résume plutôt bien le mal qui nous saisit sans arrêt : le problème de timing. Ce fut le cas avec leur relation maudite qui se termine pourtant sur une jolie note d’amitié et de soutien mutuel. Et de la rigolade car on ne pouvait pas en attendre moins des dernières apparitions de l’homme dont chaque one-liner restera au panthéon. Marie Calvet aura au moins permis que l’ultime boutade de ce bon vieux Roger se fasse dans la langue de Molière ! J’aime imaginer qu’un très vieux Roger traîne encore dans les rues de Paris, une baguette sous le coude et du sarcasme à revendre. Et qui sait ? C’est peut-être Joan qui produira pour McCann la fameuse publicité Coca-Cola... Quoi qu’il arrive, je lève mon verre à Christina Hendricks et John Slattery, impeccables jusqu’au bout dans leur interprétation de deux personnages qui, chacun à leur façon et parfois ensemble, furent d’inoubliables âmes torturés qui tiennent toujours debout après de nombreuses batailles.

Je parlais de best-of et c’est aussi le cas pour une autre force de la série : l’humour. « Person To Person », aussi triste qu’il soit parfois, n’en manque pas. Déjà, c’était aussi déconcertant que marrant d’avoir Brett Gelman reprendre son rôle de Go On. Et approprié de voir un Harry Crane disparaître avec une boite de cookies sans se douter une seule seconde du mépris affichés par ses collègues. Un Ken qui cherche une dernière fois à exploiter son ancienne agence et qui s’en sort plutôt pas mal cette fois ! Et l’au revoir de Pete à Peggy m’a laissé souriant tellement leur relation toxique s’est transformé en quelque chose de respectable, deux vieux camarades se saluant avec révérence et une réplique cadeau pour les fans. T’es quand même un sacré sentimental et fan-pleaser ma vieille crapule de Matthew Weiner ! Merci pour toutes ces belles années putain.

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Et pour une série qui m’a toujours marqué pour sa capacité dingue à retranscrire la mélancolie, « Person To Person » se termine sur une note plutôt apaisée et tournée vers l’avenir : sur un score plutôt grandiose de Michael Carbonara, les Campbell s’envolent vers de nouveaux horizons, Joan est la plus belle femme moderne du monde, Roger refait joyeusement sa vie, Peggy et Stan sont amoureux dans la plus grande agence de pub et Don sourit. Et on en revient à ce que je disais au début, à chacun d’interpréter cet avenir : l’avion se crashe car Bob Benson est aux commandes, Peggy et Stan se séparent, la réinvention de Don en gourou de l’amour est un échec, Sally devient junkie, Roger a une crise cardiaque en goûtant un croissant, la boîte de Joan fait banqueroute. À chacun d’imaginer la suite avec cynisme ou pas, avec l’idée d’un espoir sincère ou d’un espoir Coca-Cola. Ou les deux. Comme le monde est complexe et que nous aussi, j’ai envie de dire les deux.

J’ai aussi envie de dire que Mad Men va beaucoup me manquer. Je l’ai découvert en 2007, via un article enthousiaste de Blackie sur pErdUSA. Il faudra attendre l’été suivant pour que j’ai une connexion Internet me permettant de dévorer la première saison et d’enchaîner sur la suivante. Le pilote m’avait laissé une putain d’impression car les seuls dramas que j’avais pu voir jusqu’alors, c’était Six Feet Under et ER. C’était un soir de canicule, le  22 juin 2008, juste après avoir vu les pilotes de « 30 Rock » et « Pushing Daisies » (lol). Et « Smoke Get In Your Eyes » m’a donné la motivation nécessaire pour débuter ce blog. Avec la longue liste que j’ai publiée ces dernières semaines, j’ai revisité tous les moments les plus marquants de la série et expliqué en long et en large tout ce qui m’a plu chez elle. Je ne peux pas m’empêcher de renchérir en parlant cette fois des souvenirs du visionnage car une bonne série, elle se transforme en repère d’une période de ta vie.

Et en juin 2008, je venais d’avoir mon bac et une nouvelle vie s’ouvrait à moi. Je me souviens d’avoir vu « Meditations on an Emergency » enfermé dans mon petit appart d’étudiant minuscule alors qu’une pluie torrentielle s’abattait dehors. Je me souviens avoir savouré « Shut The Door, Have A Seat » juste avant Noël 2009, le regardant deux fois dans la même journée, une fois tout seul, une fois avec mon colocataire, deux fois avec la même excitation. Je me souviens être revenu d’un voyage en Espagne un jour plus tôt en 2010 pour ne pas manquer le season premiere de la quatrième saison. Je me souviens de l’attente terrible avant d’avoir le droit à la cinquième saison et la récompense que fut « A Little Kiss ». Je me souviens qu’après « Commissions and Fees », je n’ai pas réussi à sortir chez moi pour rejoindre des amis car mon moral était au plus bas. Je me souviens que j’étais malade quand j’ai vu « The Crash » et que j’ai ainsi partagé à fond les hallucinations de Don et ses collègues. Et je me souviens qu’à la fin de « Waterloo », j’ai applaudi puis j’ai pleuré. Et ce que je me souviens surtout, c’est de toutes les nuits où, après avoir vu un épisode, je suis resté sur un nuage, cherchant la musique appropriée pour accompagner mon spleen ou ma rêverie, pour que je revisite dans ma tête ce que je venais de voir. Parfois, la série m’offrait elle-même la chanson dont j’avais besoin, que ce soit « Tomorrow Never Knows », « Bye Bye Birdie » ou « My Way ».

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Et maintenant qu’est venu l’heure d’écrire mes dernières lignes sur Mad Men (la série que j’aurais le plus chroniqué dans ces pages et merci de m’avoir suivi dans mes nombreuses dithyrambes maladroites de grand passionné), il va à nouveau falloir trouver un morceau approprié. Allez, comme Don, au final, je me refais pas. Ce sera du Dylan, dédicacé à Don Draper.

"Pointed threats, they bluff with scorn
Suicide remarks are torn
From the fool's gold mouthpiece
The hollow horn plays wasted words
Proves to warn
That he not busy being born
Is busy dying

Advertising signs that con you
Into thinking you're the one
That can do what's never been done
That can win what's never been won
Meantime life outside goes on
All around you.

For them that must obey authority
That they do not respect in any degree
Who despise their jobs, their destinies
Speak jealously of them that are free
Cultivate their flowers to be
Nothing more than something
They invest in.

And if my thought-dreams could be seen
They'd probably put my head in a guillotine
But it's alright, Ma, it's life, and life only."

23:58 Publié dans Mad Men | Lien permanent | Commentaires (2)